Cérémonie de remise des insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur à Mme Michèle Stanton-Jean, Université de Montréal ( 6 juillet 2011)

JPEGMonsieur le Recteur,

Madame Stanton-Jean,

Chers invités,

Madame Stanton-Jean, il m’est demandé, au cours de ce discours, d’avancer les raisons qui justifient la remise de cette distinction. Il m’est difficile de choisir, tant votre parcours est riche et diversifié. Vous avez en effet occupé de nombreux postes de haute responsabilité dans les administrations fédérale et provinciale, à Ottawa, Québec, ou encore au siège de l’UNESCO, à Paris. Votre parcours professionnel révèle la diversité de vos champs d’intérêt avec toutefois une orientation significative vers les questions sociales : l’éducation des adultes, la condition féminine, la santé, et l’éthique biomédicale.

Née à Québec le 24 janvier 1937, vous obtenez une maîtrise en andragogie puis en histoire à l’Université de Montréal. Deux combats rythment alors votre vie : celui pour la reconnaissance et l’amélioration du statut des femmes, que vous menez au sein du Conseil du Statut de la Femme ; et celui pour la formation des adultes. Votre dévouement pour l’éducation des adultes vous mènera d’ailleurs du collège Bois-de-Boulogne, où vous occupez un poste de conseillère en formation de 1975 à 1984, à la présidence de la Commission d’étude sur la formation professionnelle et socioculturelle des adultes. Vous quittez le collège Bois-de-Boulogne lorsque vous êtes nommée sous-ministre adjointe, chargée du secteur de la formation professionnelle au ministère québécois de la Main-d’œuvre. A l’issue de ce mandat, vous rejoignez la fonction publique fédérale, en tant que directrice exécutive d’Emploi et Immigration Canada. Vous occupez ce poste deux ans, avant d’être promue sous-ministre déléguée et Vice présidente de cet organisme, en 1990.
Poursuivant votre progression au sein du gouvernement fédéral, vous êtes nommée successivement Sous-secrétaire d’Etat au Secrétariat d’Etat du Canada, puis vous retrouvez un de vos sujets de prédilection en devenant Sous-ministre de la Santé ; poste que vous occupez pendant 5 ans, jusqu’en 1998.

Le Ministère des Affaires Etrangères canadien fait ensuite appel à vous, en tant que conseillère spéciale en matière de santé, affectée à la Mission canadienne auprès de l’Union Européenne, en charge également des sujets d’Emploi et des Affaires sociales.
Le gouvernement canadien a alors la gentillesse de partager vos talents et vos compétences avec le reste du monde. C’est en effet le Comité International de Bioéthique de l’UNESCO qui vous accueille en 1998. Là, votre passion, votre dévouement seront reconnus et admirés de tous, au point que vous êtes nommée Présidente de ce Comité en 2003. C’est sous votre impulsion et grâce à votre travail que le Comité international de bioéthique de l’UNESCO a rédigé et fait adopter la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’Homme, fruit d’une très étroite coopération avec la délégation française. Pour beaucoup, vous resterez comme celle à l’origine de cette déclaration qui fut adoptée en 2005 par les 192 pays de l’UNESCO.

Vos compétences ne s’arrêtant pas à la bioéthique, vous devenez Vice-présidente puis Présidente de la Commission canadienne pour l’UNESCO, en 2006. Dans dix jours enfin, vous prendrez votre poste, à Paris, de représentante du gouvernement du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de cet UNESCO que vous connaissez si bien.

Mais même installée à Paris, qui devient votre ville d’adoption, vous restez proche du Québec, et continuez à vous y investir. De 2001 à 2007, vous participez ainsi à la Commission de l’éthique de la science et de la technologie du Québec. Vous avez aussi été vice présidente du conseil d’administration du Fonds de recherche en santé du Québec.

Madame Stanton-Jean, vous faites partie de ces personnes précieuses qui croient en ce qu’elles font, et qui appliquent à elles-mêmes les solutions qu’elles proposent aux autres. Vous incarnez en effet parfaitement cette conviction qu’on peut, à tout âge, acquérir de nouveaux savoirs en se servant de son expérience.

En 1995, l’Université Concordia vous conférait en effet le titre de Docteure honoris causa ès droit. Et vous venez juste, il y a deux mois, de terminer votre scolarité, en obtenant un doctorat en sciences humaines appliquées à la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal. Il nous tarde de connaitre le prochain diplôme que vous convoitez !

Vous n’avez donc jamais vraiment quitté l’université. Depuis 2005, vous êtes également chercheuse invitée au Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de l’Université de Montréal.
Vous avez accepté en 2006 de prendre la présidence de l’Institut International de Recherche et d’Etudes sur la Bioéthique (l’IIREB), réunissant depuis 1998 l’Université de Montréal et l’Université Paris V et soutenu par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes. Ce partenariat permet des échanges d’étudiants stagiaires, ainsi que l’organisation d’un colloque annuel dont les actes, considérés comme une référence internationale, sont publiés aux éditions Dalloz. Vous avez aussi organisé et participé dans ce cadre à des séminaires qui regroupent annuellement six chercheurs québécois et six chercheurs français, dans le domaine de la santé publique, de la génétique et des enjeux éthiques qui se posent à la société.

On doit aussi à votre engagement dans la relation franco-canadienne l’organisation, en octobre 2008, en tant qu’événement annexe au Sommet de la Francophonie, d’un colloque international francophone de bioéthique auquel a participé une centaine de chercheurs, venus de trente pays. Ceux-ci ont décidé, à cette occasion, de se structurer en réseau permanent francophone de réflexion sur la bioéthique. Au-delà de l’intérêt scientifique, il est probable, selon vos collègues de l’Université Descartes et notamment le Professeur Hervé, que votre grand intérêt pour la France soit pour beaucoup dans la création de ces réseaux et sommets de très haute qualité scientifique.

Dans des universités, dans des parlements, devant l’Assemblée de l’UNESCO, comme dans des cabinets ministériels, vous ne cessez de vous démarquer par votre capacité à communiquer votre savoir et votre savoir-faire de manière sensible face aux enjeux liés à la prise de décision publique et l’action sociopolitique. On peut affirmer que vos interventions ont permis l’évolution d’importants dossiers sociaux au sein de la société canadienne. Il en va ainsi de l’éducation des adultes et de plusieurs questions de santé et d’éthique biomédicale, ces dernières croisant, le cas échéant, les dossiers intéressant les femmes. La Commission d’étude sur la formation des adultes, appelée Commission Jean après que vous l’eûtes présidée, a produit des travaux très marquants, et le rapport qu’elle a publiée, avec votre participation, sert encore aujourd’hui de référence à de nombreux praticiens de l’éducation des adultes. Rédactrice de nombreux articles et chapitres d’ouvrages, vous avez notamment publié en 1974 Québécoises du XXe siècle et, en 1982, à titre de coauteure, le livre phare Histoire de femmes au Québec depuis quatre siècles. Cette distinction récompense donc autant votre engagement au service de l’éducation des adultes, de la condition féminine et de la santé que votre travail inouï pour améliorer les relations franco-canadiennes dans le domaine de l’éthique biomédicale.

Le Québec a reconnu vos mérites en vous instituant Officier dans l’Ordre national du Québec en 2008.

Il était grand temps que la France, à la suite des recommandations de son ambassadeur chargé des questions de bioéthique, honore à son tour vos mérites éminents. Michèle Stanton-Jean, au nom du Président de la République française, nous vous remettons l’insigne de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Photo : Mme Stanton-Jean, Mme Hélène Le Gal, consule générale de France à Québec et M. Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal.

publié le 06/03/2012

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