[Entretien] Hélène Jacquot-Guimbal, directrice générale de l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar)

A l’occasion de son séjour à Montréal, Hélène Jacquot-Guimbal répond à nos questions sur les projets de l’Ifsttar et ses collaborations avec le Québec.

-* Pouvez-vous nous présenter rapidement l’Ifsttar et nous décrire ses principales missions ?

L’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR) est né en janvier 2011 de la fusion de l’Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS) et du Laboratoire central des Ponts et Chaussées (LCPC). C’est un établissement public à caractère scientifique et technologique, placé sous la tutelle conjointe du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

JPEG L’Ifsttar est un institut de recherche compétent dans tous les domaines touchant les transports : infrastructures, géotechnique, chemin de fer, génie civil, réseaux (électrique, eaux), sécurité routière mais également santé et informations des voyageurs (données en temps réel). Fruit d’un mariage des Sciences pour l‘Ingénieur et des Sciences Humaines et Sociales, l’institut regroupe ainsi des chercheurs de disciplines allant du génie civil à la psychologie en passant par les mathématiques et l’économie. Nous intervenons sur toute la chaîne, de l’infrastructure à la psychologie de l’utilisateur. Cela permet d’optimiser la complémentarité, et la cohérence dans nos activités et nous fait gagner en efficacité notamment pour relever des défis sociétaux dans le domaine de la recherche.

-* Existe-t-il une stratégie européenne en matière de transport ?

Tous les instituts de recherche européens impliqués dans ces questions contribuent à ces réflexions en interagissant avec les directions générales des transports et de la recherche. Ces dernières années, les politiques européennes ont évolué en intégrant davantage les questions de recherche dans le but de contribuer aux besoins de la société.

Le projet fédérateur de la route 5ème génération, « Forever open road », vise au développement d’une route plus écologique (absorption du CO2, récupération d’énergie…), résistante aux climats extrêmes et adaptable à la variabilité d’utilisation.
Une réflexion au niveau européen est également menée dans les domaines de la sécurité routière et des infrastructures route et rail.

-* La France vient d’accueillir la COP21. L’Ifsttar a-t-il été impliqué dans le projet ? Comment répond-il aux nouveaux enjeux climatiques ?

Le réchauffement climatique est l’un des défis majeurs auquel doit faire face notre société. De nombreux secteurs d’activités sont concernés et il va de soi que l’Ifsttar, en tant qu’institut de recherche sur les transports et infrastructures, soit particulièrement impliqué. L’enjeu climatique est d’ailleurs au cœur de notre stratégie scientifique. Cette stratégie scientifique se traduit par de nombreuses recherches visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), à maîtriser la consommation d’énergie et à s’adapter aux effets du changement climatique. Grâce à sa pluridisciplinarité, l’Ifsttar est capable d’aborder à la fois les problématiques technologiques et les questions liées aux comportements et aux usages.

L’Ifsttar a évidemment été présent lors de la COP21. Nous avons présenté un démonstrateur de route solaire dans le Pavillon France. Le développement d’une route solaire hybride constitue un réel défi : elle doit en effet être capable de recueillir l’énergie solaire tout en conservant ses capacités de frottement au contact des pneumatiques des véhicules pour leur assurer une adhérence tout en étant résistante au trafic et aux conditions météorologiques parfois extrêmes.

L’Ifsttar a également été mobilisé sur l’espace « Génération climat » avec la présentation de conférences sur la mobilité et la ville durable et a participé à une table ronde au Grand Palais sur la thématique « Route du futur : innover pour des mobilités durables ».

-* Quelles sont les relations de l’Ifsttar avec le Québec ? Quels sont les projets de collaboration actuels et futurs ?

L’Institut entretient des liens de longue date avec le Québec, bien avant la fusion de l’INRETS et du LCPC, notamment avec le ministère des Transports. Nous participons aux Entretiens Jacques Cartier ce qui nous permet d’avoir des rencontres régulières. Nous travaillons surtout/essentiellement sur les questions de sécurité routière.
L’Ifsttar développe actuellement deux nouveaux laboratoires internationaux associés (LIA) au Québec. Le premier avec l’école Polytechnique Montréal et l’hôpital Sainte-Justine concerne des travaux sur la colonne vertébrale grâce à des simulations mécaniques et de fonctionnement du corps humain. Nos chercheurs sont ainsi capables de simuler l’impact de chocs liés à des accidents de la route sur la moelle épinière.

JPEG - 17 ko
Nicolas Chibaeff, Consul général de France à Québec et Hélène Jacquot-Guimbal, directrice générale de l’Ifsttar / Crédit : M-A. Okolotowicz

Le second est davantage orienté vers le domaine de la construction et du génie. Ce projet de LIA avec l’Université de Sherbrooke s’intéresse à la production de matériaux plus respectueuse de l’environnement. On estime ainsi que la production de béton est responsable d’environ 7% des émissions de CO2 dans le monde.

Pour terminer sur un plan plus personnel, j’ai beaucoup travaillé avec le Québec tout au long de ma carrière et j’y ai toujours été bien accueillie. Les Québécois sont toujours souriants et il est très agréable de travailler avec eux.

publié le 04/02/2016

haut de la page