La France honore trois personnalités québécoises (25 mai)


Le Consul général de France à Québec, M. François Alabrune, a remis, le 25 mai 2009, à la Résidence de France, les insignes d’officier des JPEGPalmes académiques à M. Bruno-Marie BECHARD, celles d’officier des Arts et Lettres à M. Conrad OUELLON et celles de chevalier des Arts et Lettres à M. Gilles PELLERIN.

L’Ordre des Palmes académiques récompense les personnels, français ou étrangers, relevant du ministère de l’Éducation nationale , les personnes rendant des services importants au titre de l’une des activités de l’Éducation nationale , les personnalités éminentes qui apportent une contribution exceptionnelle à l’enrichissement du patrimoine culturel.

L’Ordre des Arts et des Lettres récompense les personnes qui se sont distinguées par leurs créations dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde.


Discours de M. Alabrune

M. Bruno-Marie Béchard, Recteur de l’Université de Sherbrooke

M. Conrad Ouellon, Président du Conseil Supérieur de la
Langue Française au Québec

M. Gilles Pellerin, Editeur, écrivain et professeur de littérature



M. Bruno-Marie BECHARD,

Ingénieur de formation, vous êtes titulaire d’une maîtrise es sciences appliquées en génie mécanique de l’Ecole Polytechnique de Montréal.

Vous avez commencé votre carrière dans l’industrie aéronautique. Vous avez ainsi travaillé pour Canadair, Pratt et Whitney et GE Canada.

JPEGVous rejoignez le corps professoral de la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke en 1992. Vous en serez le Directeur de la maîtrise en ingénierie, puis le Vice-doyen à la formation professionnelle et au transfert technologique. Vous deviendrez en 1998 le Vice-recteur à l’administration. En 2001, vous serez élu huitième Recteur de l’Université de Sherbrooke. A 36 ans, vous serez alors le plus jeune recteur des Amériques. Votre deuxième mandat va s’achever dans les tous prochains jours.

Vous êtes un spécialiste reconnu internationalement en contrôle-qualité ce qui vous a conduit à diriger de nombreux projets dans ce domaine et à produire des articles scientifiques internationaux, notamment avec la France. Votre notoriété vous amène à fonder le Réseau universitaire québécois pour l’enseignement et la recherche en qualité (RUQEREQ), puis à co-fonder son équivalent mondial, le RUMEREQ, basé en Suisse. Vous avez également lancé la première revue scientifique internationale en français dans le domaine de la qualité, FORUM Qualité SCIENTIFIQUE, dont vous êtes l’éditeur en chef.

Sous votre impulsion, l’Université de Sherbrooke a mené une politique dynamique de coopération internationale, principalement avec la France.

Vous êtes vous-même le Président du comité consultatif du Bureau Amérique du Nord de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Vous avez également fondé, avec des partenaires québécois et chinois, l’Institut Confucius dont le champ de compétence couvre tout l’est du Canada.

Sur les 150 accords de coopération signés avec des établissements d’enseignement supérieur à travers le monde, près de la moitié associe l’Université de Sherbrooke à des universités et des grandes écoles françaises.

Votre université fait partie de celles qui, au Québec, ont été les plus actives au sein de l’ancien Centre de coopération interuniversitaire franco-québécois, le CCIFQ. Des cursus intégrés communs au niveau de la maîtrise ont ainsi été créés avec des établissements d’enseignement supérieur français, principalement avec les universités de Limoges, de Rennes 1 et de Nantes, l‘Ecole d’ingénieurs EPF de Sceaux et l’Ecole Supérieure de Commerce et de Management de Tours, l’ESCEM.

En 2007, l’Université de Sherbrooke a également consolidé son partenariat scientifique avec l’Université Pierre et Marie Curie – Paris VI en recherche biomédicale, chimie et imagerie médicale ce qui a permis d’accroître encore le nombre de thèses de doctorat en cotutelle entre les deux établissements, dispositif dont l’Université de Sherbrooke est devenue un spécialiste et un brillant porte-parole.

En 2004, vous avez favorisé la conclusion d’une alliance stratégique entre l’Université de Sherbrooke et le Pôle Universitaire Européen de Montpellier et du Languedoc-Roussillon qui s’est déjà traduite par la création, en 2006, des Rencontres universitaires scientifiques Sherbrooke-Montpellier qui ont maintenant lieu, tous les deux ans, alternativement en France et au Québec. Des actions communes se sont également développées vers des pays tiers, comme le Mexique, où des représentants de votre université et d’établissements montpelliérains se sont rendus pour proposer des offres de formations communes à des universités et des étudiants mexicains. Cette coopération universitaire s’est, depuis, élargie à des partenariats associant les collectivités locales de la région de Sherbrooke, de Montpellier et de la Région Languedoc-Roussillon. Une délégation de Montpellier Agglomération est d’ailleurs actuellement au Québec et sera cette semaine l’invitée officielle des Rencontres internationales de Sherbrooke.

En 2007, a également été créé le réseau universitaire Latinus, caractérisé par ses origines et son contexte latins. Il constitue un environnement de formation et de recherche caractérisé par sa latinité et ouvert aux échanges aux autres cultures. L’Université de Sherbrooke, initiatrice et pilote du projet, y retrouvent ses partenaires montpelliérains auxquels se sont associées l’Université de Liège, l’Université de Trento en Italie et l’Universidad Autónoma de Nuevo León au Mexique.

Plus récemment, vous avez démarré en Guadeloupe un MBA en administration des affaires en liaison avec le Mouvement des entreprises de France de cette région, le MEDEF, organisation patronale représentant les dirigeants des entreprises. Une délégation du Rectorat de Guadeloupe doit se rendre à Sherbrooke au début du mois prochain afin définir des partenariats en matière de formation entre votre université et l’Université des Antilles et de la Guyane.

Au nom de la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, j’ai le plaisir de vous remettre les insignes d’officier de l’Ordre des Palmes académiques.


Monsieur Ouellon, Cher Conrad,

Vous êtes né en 1942 à Saint-André. Titulaire d’un doctorat en linguistique de l’Université Laval, vous y avez fait principalement carrière où vous avez occupé de nombreux postes prestigieux.

Votre expérience dans l’enseignement est très grande, comme nous le savons tous, mais également dans la recherche et dans l’administration universitaire où vos qualités de gestionnaire ont été fortement sollicitées. En effet, vous avez été le directeur du JPEGdépartement de langues et linguistiques de 1984 à 1986 après avoir été le vice-doyen de la faculté des lettres, ainsi que le directeur du Centre international de recherche en aménagement linguistique de 1990 à 2000.

Vous avez en outre dirigé de nombreux mémoires de maîtrise et thèses de doctorat auprès d’étudiants de l’Université Laval. Grâce à vos qualité d’expert dans le domaine de la linguistique appliquée, vous avez également apporté votre concours à différentes disciplines des sciences humaines, ainsi qu’à plusieurs organismes linguistiques et ministères, et ce, tant au Québec qu’à l’étranger. Votre contribution au développement scientifique dans ces disciplines a aussi donné lieu à de multiples publications et conférences.

Vous êtes devenu le 18 octobre 2005 le Président du Conseil supérieur de la langue française au Québec. (A la salle) Comme vous le savez, le Conseil supérieur de la langue française a pour mission de conseiller la ministre responsable de l’application de la Charte sur toute question relative au français au Québec. Il doit également surveiller l’évolution de la situation linguistique dans la province quant au statut et à la qualité de la langue française.

A ce titre, vous êtes notamment responsable de l’accession dans le prestigieux Ordre des Francophones d’Amérique qui a accueilli d’illustres membres parmi lesquels Alain Peyrefitte, Pierre Messmer, Alain Guillermou, Philippe Rossillon, Yves Duteil ou encore Robert Cornevin qui ont tous contribué au rayonnement de la francophonie sur le continent. Egalement, vous êtes le responsable de l’attribution du prix du 3 juillet 1608 qui récompense un organisme ayant participé activement à l’épanouissement de la langue et de la culture française d’Amérique, et par conséquent au développement de la francophonie.

Monsieur, dans le cadre de vos fonctions, vous avez consacré votre vie à tisser des liens étroits entre les organismes et les personnes chargées de la politique linguistique et de la diffusion du français. En tant que président du Conseil, votre action a été et reste essentielle pour le développement de la francophonie dans une région du monde si fière de son héritage linguistique. Vous avez toute votre vie promu la vision d’une langue française évoluant continuellement et ne tombant pas dans le piège de l’immobilisme.

C’est la raison pour laquelle, Conrad Ouellon, je vous remet, au nom de la ministre de la culture et de la communication, les insignes d’Officier des Arts et des Lettres.


Monsieur Pellerin, Cher Gilles

Vous n’avez que 55 ans - depuis peu, le mois dernier – et pourtant il n’est pas aisé de résumer votre parcours professionnel, tant votre vie est particulièrement riche, multiple, foisonnante.

Permettez-moi pour commencer, de dire simplement que le livre, la littérature, la langue française, la francophonie sont les axes et les moteurs de votre vie. Ils constituent votre raison d’être.

JPEGVous êtes né en 1954 à Shawinigan, en Mauricie, au cœur du Québec. Vous vous êtes d’abord intéressé à la musique : adolescent, vous avez pendant cinq ans suivi les cours du conservatoire de musique de Trois-Rivières. Vous vous êtes aussi passionné pour l’archéologie, puisque cette discipline fut la mineure du Baccalauréat que vous avez obtenu en 1976 à l’ Université Laval.

Mais c’est, à partir de la maîtrise en littérature française, que vous obtenez en 1983, toujours à l’université Laval, que la passion pour le français et pour l’écriture s’ancre définitivement dans votre vie. Toutefois, il faut souligner que votre thèse de maîtrise a eu pour ambitieux sujet l’influence du peintre Gustave Moreau sur les écrivains de son temps, ce qui témoigne encore de votre constante et insatiable curiosité, non seulement pour les lettres mais aussi pour l’ensemble des arts.

Vous êtes d’abord un professeur de littérature française. Vous enseignez aujourd’hui au CEGEP François-Xavier Garneau, après l’avoir fait au collège Bart de Québec, à l’université Laval et au collège Marie Victorin, où vous avez dirigé un séminaire de librairie.

Mais vous n’avez pas voulu vous contenter, si je puis dire, de transmettre à des générations de jeunes étudiants votre amour de la langue et de la littérature française. Au très noble métier d’enseignant, vous avez ajouté votre propre engagement, votre propre contribution, à la littérature française et à la littérature francophone.

C’est peu de dire que vous êtes vous-même un homme du livre. Du livre, je crois pouvoir dire en effet que vous en en exercez, simultanément, tous les métiers. Au fond, vous vous mouvez dans la galaxie du livre en démontrant un impressionnant don d’ubiquité. Vous êtes en effet sur tous les fronts de la littérature.

Vous avez été et vous êtes critique littéraire. Vous avez contribué à des revues prestigieuses telles que « Livres et auteurs québécois », « Lettres québécoises », « Estuaire » et « Nuit Blanche », dont vous avez été le rédacteur en chef de 1985 à 1987. Vous avez été aussi critique pour plusieurs émissions diffusées par la société Radio-Canada : « 7 heures bonhomme », « Le cri du caméléon ». Vous avez, toujours pour Radio-Canada, animé la série « Correspondances » à la communauté des radios publiques de langue française.

Vous êtes un grand éditeur. Vous avez été le cofondateur de la maison « Les heures bleues ». Et en 1985, vous avez fondé la maison d’édition « L’instant même » dont vous êtes le Président et le directeur littéraire. « L’instant même » regroupe aujourd’hui plus d’une centaine de recueils, notamment de nouvelles.

Enseignant, critique littéraire, éditeur mais aussi écrivain.

Et écrivain, vous l’êtes de manière prolifique. J’ai parcouru votre bibliographie avec surprise et émerveillement. Elle se déploie sur huit pages. Je voudrais ici m’attacher à mettre en valeur ce qui en constitue, à mon sens, l’essentiel.

J’ai noté d’abord que vous affectionnez particulièrement le genre de la nouvelle. Vous êtes de fait un « nouvellier » de tout premier plan. Vous comptez à votre actif cinq recueils de nouvelles. « Ni le lieu ni l’heure » a obtenu en 1987 le Prix Logidisque de la science-fiction et du fantastique québécois. Plus récemment, « ï » (i tréma), publié en 2004 a, en 2005, obtenu le prix de la Ville de Québec et le prix du Salon du livre de Québec. Outre ces recueils, vous avez composé plus de cent autres nouvelles, publiées au Québec ou à l’étranger, dans des anthologies, des recueils collectifs et des revues. Vous avez aussi commis de remarquables anthologies de nouvelles québécoises, dont une a été publiée au Mexique sous le titre « Un continente a la deriva ? Antologia de narradores de Quebec ».

Vous êtes aussi l’auteur de six essais qui ont porté, notamment, sur les écrivains de Québec, sur l’art de la nouvelle et sur la situation de la langue française au Québec. Je relève, non sans gourmandise, le titre d’un de ces essais : « Récits d’une passion : florilège du français au Québec ». La nostalgie de l’hiver québécois me vient aussi en évoquant le titre d’un autre de vos essais « Le Vieux-Québec sous la neige ». Vous avez écrit les textes des « Carnets du Saint-Laurent » illustrés par l’aquarelliste Gilles Matte.

Vous avez aussi participé à des essais collectifs. Je voudrais en particulier mentionner « Aquitaine Québec, je me souviens » paru en 2008, à l’occasion du 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Ce livre salue les liens entretenus depuis fort longtemps entre l’Aquitaine et le Québec. Fruit des échanges entre deux éditeurs - l’un aquitain, Le Castor Astral ; l’autre québécois, L’instant même - et l’association Lettres du monde, ce livre marque la rencontre entre dix neuf écrivains dont la réunion des textes souligne la communauté littéraire entre l’Aquitaine et le Québec.

Autre corde à votre arc : vous êtes un grand conférencier et animateur de débats publics. Plusieurs de vos conférences ont été reprises dans d’illustres revues dont « La revue des Deux Mondes » et la revue de l’association des écrivains de langue française. Vous intervenez au Québec mais aussi en France dans les domaines qui vous sont chers : la langue, le français au Québec, la littérature en général et la nouvelle en particulier. Vous avez ainsi en 2008, animé des débats sur « La littérature et la ville » et, dans le cadre du 2ème Forum des caravanes francophones tenu à Québec en octobre 2008, les débats sur des sujets aussi divers et passionnants que « Parler français à l’heure de la mondialisation », « le français, le savoir et le cyberespace » et « Une langue pour s’émouvoir ».

Dans l’univers du livre, vous comptez également comme membre de nombreuses associations professionnelles et de plusieurs conseils d’administration, dont ceux de l’Institut canadien de Québec, du Salon international du livre de Québec et de la librairie Pantoute. Vous allez diriger bientôt la maison de la littérature de Québec.

M. Pellerin, vous avez en 2008 souligné, dans un entretien que vous aviez accordé lors du 2ème Forum des caravanes francophones, que vous étiez, comme l’indique votre patronyme originaire de Normandie, un authentique pèlerin, cad un homme en marche. Vous avancez effectivement à grands pas, et dans toutes les directions, dans le monde de la langue et de la littérature. Vous avez, toute votre vie, servi avec conviction la langue française, qui est selon vous bien plus qu’un moyen de communication. Elle est d’abord pour vous une manière d’être face à la vie et une façon bien particulière d’appréhender la réalité. Vous citez souvent à ce propos votre illustre compatriote Gilles Vigneault : « Quand vin ne se dira plus autrement que wine, il ne goûtera plus pareil ». Vous nous rappelez ainsi que la langue française est un vecteur de culture, de diversité et d’humanisme.

M. Pellerin, vous avez en 2003 obtenu le Prix de l’Institut canadien de Québec pour votre travail d’écrivain et d’éditeur. Vous êtes, depuis 2007, membre de l’Académie des Lettres du Québec. Permettez-moi de citer deux phrases du discours de réception que vous avez prononcé à cette occasion : A la question de savoir comment faire en sorte que la langue ne se détériore pas, vous répondiez : « la littérature, l’enseignement de la littérature, la fréquentation de la littérature ». Je voudrais aussi citer la dernière phrase de votre discours. Elle est particulièrement émouvante : « Je ne connais rien de plus beau que le français ».

publié le 13/01/2012

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