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La question urbaine au centre d’un programme de réflexion au CERIUM

Sous l’impulsion de Fabien Desage, nouveau titulaire de la chaire d’études de la France contemporaine, le CERIUM (Université de Montréal) se penche sur une étude croisée de la France et du Québec à travers une série de plusieurs séminaires.

Monsieur Desage, vous venez de prendre vos fonctions à la tête de la chaire d’études de la France contemporaine au CERIUM. Avant toute chose, pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours personnel et professionnel qui vous a conduit jusqu’au Centre d’Etudes de l’Université de Montréal.

Je suis enseignant-chercheur en science politique à l’université Lille 2 depuis 2006. Juste après ma thèse pour le doctorat, j’ai eu l’occasion d’effectuer un séjour post-doctoral au sein de la Chaire du professeur Jane Jenson à l’Université de Montréal, qui fut pour moi très enrichissant.

Ce fut une première occasion de réfléchir à la question de la comparaison des systèmes politiques et administratifs français et québécois, et de nouer des collaborations privilégiées avec des collègues d’ici. J’ai gardé depuis un intérêt particulier pour le Québec et pour Montréal. J’y ai mené des recherches sur les politiques de revitalisation urbaine et j’ai mis en place depuis quelques années un partenariat pédagogique entre mon département de science politique et celui de l’Université de Montréal.

Ce partenariat se traduit par des échanges d’étudiants réguliers, mais a abouti également, de manière plus originale, à la création avec ma collègue québécoise Laurence Bherer d’un cours commun de "politiques urbaines comparées". Ce cours de second cycle a été dispensé simultanément à Lille et à Montréal et a donné lieu à des collaborations entre étudiants français et québécois, qui ont coopéré à distance pour réaliser des exercices de comparaison. Ma candidature à cette Chaire d’études de la France contemporaine s’inscrit donc dans la continuité de ces collaborations en matière d’enseignement et de recherche et me permet aujourd’hui de les approfondir et de leur donner une ampleur nouvelle.

La chaire d’études de la France contemporaine a été lancée en 2006, avec le soutien du Consulat général de France à Québec. Quel bilan tirez-vous de ces six années d’existence et comment envisagez-vous l’avenir en ce début de mandat ?

Il faut d’abord dire que cette Chaire est un formidable support d’échange et de coopération universitaire entre nos deux pays qui, s’ils partagent la langue et de nombreuses affinités, ne sont pas si spontanément tournés l’un vers l’autre que ce que l’on pourrait croire parfois. Les "liens privilégiés" sont à entretenir et à renouveler en permanence. "Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour" disait Jean Cocteau...

Mes prédécesseurs ont du mettre en place quelque chose qui n’existait pas, et ont progressivement installé cette Chaire au sein du CERIUM et de l’université de Montréal. C’est une "petite" Chaire du point de vue des effectifs et des moyens disponibles, mais qui symboliquement revêt une certaine importance. J’aspire, lors de mon mandat, à ouvrir les activités de séminaires aux collègues des différents départements de sciences humaines et sociales, mais aussi aux acteurs de la société civile québécoise (élus, fonctionnaires, journalistes, acteurs des milieux associatifs et communautaires). La "question urbaine", transversale par nature, est un bon vecteur pour cela. Il me semble qu’un autre enjeu pour l’avenir est probablement de concilier davantage les activités académiques et les activités culturelles (ciné-débats, spectacles vivants, expositions...), qui attirent un public différent et traduisent d’autres façons de représenter et de penser les réalités françaises contemporaines.

Faut-il le préciser, le Québec, par sa situation historique, géographique et linguistique, est un espace tout à fait privilégié pour faire se rencontrer et dialoguer des approches anglophones et francophones en sciences sociales. Et dans nos disciplines, les mots et les langues ne permettant pas tout à fait de penser les réalités de la même manière, ce pluralisme linguistique est donc salutaire !

Le cycle de conférences qui débute ces jours-ci est axé sur la question urbaine dans la France contemporaine et propose une double perspective, portant à la fois sur les politiques publiques et sur les populations qui en sont la cible. Le premier séminaire porte notamment sur la réforme de l’organisation territoriale en France et au Québec. Pourquoi ce parallèle ? Quel enseignement en tirez-vous ?

Ce premier séminaire entend en effet revenir, à travers la présentation de plusieurs travaux, sur les mouvements de réforme de l’administration territoriale en France et au Québec. A partir des années 1960, s’est imposée l’idée que l’émiettement communal portait préjudice à la rationalité de l’action publique et à la compétitivité des territoires. Si le contexte institutionnel et politique diffère, on peut néanmoins pointer certains effets convergents de ces "réformes municipales", qui ont abouti en France au développement massif de l’intercommunalité, et au Québec à un mouvement de fusions, puis de défusions de communes ces dix dernières années.

En France comme au Québec, de manière paradoxale, les réformes ont plutôt renforcé le poids des maires, souvent au détriment des nouveaux échelons créés, mais aussi de la démocratie d’assemblée et des conseils municipaux. Se pencher sur la genèse de ces réformes et sur leur mise en oeuvre permet ainsi de remettre en cause une idée bien ancrée, en France mais encore plus au Québec, d’une "dépolitisation" ou d’un apolitisme naturels du local, par opposition au national. Les politiques urbaines, les choix (ou non choix) en matière de services urbains, de fiscalité, de logement, loin d’être des choix "techniques", qui s’imposeraient par leur évidence ou leur "bon sens", impliquent de manière plus ou moins explicite des arbitrages dans l’allocation des biens publics. Elles traduisent également les relations qu’entretiennent les institutions avec les différents groupes sociaux qui habitent un territoire, dont les intérêts ne sont pas toujours convergents.

Il faut donc remettre en cause cette évidence de la dépolitisation du local par rapport au national, et travailler plutôt sur les conséquences des réformes en matière de choix publics, de démocratie locale ou de sélection du personnel politique, en France comme au Québec. C’est aussi une façon de réinsérer les objets "locaux" dans l’étude plus générale des phénomènes politiques.

Contacts :

Fabien Desage : fabien.desage@gmail.com

www.cerium.ca/CEFC


publié le 23.10.2012

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