Le Portrait du mois... Anne Sigier

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Anne Sigier : l’art de faire naître des livres

En août 1972, Anne Sigier, qui se fait encore appeler Marie-Jeanne Olivier épouse Sigier, est envoyée au Québec par un éditeur français. Celui-ci a eu le coup de foudre pour cette mère de quatre enfants capable de convaincre toutes les mamans de sa paroisse d’acheter des ouvrages d’éducation religieuse nouvellement parus. « Il m’a proposé de partir trois semaines pour convaincre les Québécois d’acheter les livres de cette collection, se souvient-elle. Mon mari m’a poussée à accepter cette offre étonnante et m’a promis de bien s’occuper de nos quatre enfants. »

Arrivée à Québec sans connaître un chat, Marie-Jeanne décide, sur un coup de tête de se présenter sous le pseudonyme d’Anne, devenu son nom d’éditrice. En quelques jours, Anne Sigier visite toutes les personnes susceptibles d’être intéressées à ses collections : Evêque, paroisses, communautés religieuses, groupes de catéchèse, etc. « Mes parents, qui étaient importateurs de fromages, m’avaient appris à bien travailler et j’ai appliqué au monde de l’édition le savoir-faire acquis à leurs côtés. » Une école très efficace : de retour à Paris avec son rapport entre les mains, Anne Sigier se voit confier de nouvelles missions. Toujours au Québec. Les mois passent, le succès est au rendez-vous. A tel point que l’éditeur lui demande de s’installer au Québec avec son mari et leurs enfants. Elle n’a eu aucun mal à les convaincre. Devant les défis qui les attendaient, ils ont tout de suite accepté de la suivre.

« Je m’en souviendrai toujours, c’était le 8 décembre 1972, un jour de tempête. Nous sommes arrivés à l’aéroport sans vraiment savoir comment nous allions désormais vivre. Mais une trentaine de personnes nous attendaient au pied de la passerelle et elles nous ont conduits dans un petit chalet en bois situé en face du lac Beauport, aménagé et chauffé, dans lequel nous attendait un repas chaud. Cet accueil extraordinaire a effacé tous les doutes et a été à l’image de notre vie au Québec. Nous avons travaillé très fort, nous avons surmonté des épreuves mais nous avons toujours été bien entourés. »

Payée à la commission, Anne Sigier passe ses semaines à sillonner les routes du Québec pour vendre des livres. Et puis un jour, elle décide, avec son mari, d’acheter du stock pour le vendre directement. Une idée qui prend tristement l’eau : en 1976, le sous-sol dans lequel ils entreposaient les livres est inondé. « Nous avons tout perdu sans que les assurances acceptent de nous verser un sou. » Coup de chance, le gouvernement du Québec décide contre toute attente de les indemniser. Au même moment, à 6000 km de là, l’éditeur parisien pour lequel Anne travaille fait faillite et donne un container de livres aux Sigier. C’est le moment qu’ils choisissent pour créer les Editions Anne Sigier, spécialisées dans l’édition de Bibles et de livres de spiritualité chrétienne. En 30 ans, la maison d’édition a publié 500 titres, dont l’un entre autres tirés à 500 000 exemplaires et traduit en 17 langues : celui de Jean Vanier.

Désormais retirée du monde de l’édition, mais toujours très au fait de l’actualité religieuse, Anne Sigier jette un regard heureux sur sa vie au Québec. « Toujours très proches de notre famille et de nos amis et auteurs en France, nous avons préféré demeurer ici avec nos enfants et nos dix petits-enfants.. Nous avons vécu des instants difficiles mais surtout des moments remarquables. Nous avons aimé le Québec dès les premiers jours : le froid, les gens, leur gentillesse et leur état d’esprit. Chaque matin, je me réveille encore en regardant la beauté de la nature qui nous entoure et je m’émerveille. »

Une question sur l’immigration…

- Quel conseil donneriez-vous à votre tour à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

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publié le 17/05/2013

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