Le Portrait du mois… Aude, Pauline, Edouard et Gaspard (le chat)

- Pourriez-vous vous présenter, et nous parler de votre parcours ?

JPEGPauline : Je suis une fille, coiffée d’un « chignon-choucroute », aimant cuisiner le crumble aux pommes tout en lisant une bande-dessinée de Étienne Davodeau... Plus sérieusement, je suis née et j’ai grandi au Mans. Après mon bac, je suis partie faire des études d’arts du spectacle option théâtre à Paris pendant cinq ans. En parallèle, j’étais comédienne dans la troupe du Marquis Capricieux dirigée par Philippe Bardin. Mon diplôme obtenu, j’ai intégré l’équipe de la MC93, scène nationale de Bobigny en tant que chargée de relations publiques. Puis, en avril 2011, ce fut le grand saut vers l’Amérique du Nord avec ma valise, mon copain et mon chat !

JPEG Edouard : Je suis originaire du Mans. Enfant, je dépensais mes 50 francs d’argent de poche en achetant Les Petits Hommes, de Seron, parce qu’ils étaient petits, comme moi. Un peu plus grand, après des études de commerce qui m’ont amené à Paris, Londres et Osaka, je décide de frapper à la porte des éditeurs BD pour leur proposer mes services. Malgré une moustache encore très clairsemée, Soleil puis Casterman décident de me faire confiance en me chargeant du développement numérique de leurs catalogues. Quelques folles expériences plus tard, dont pas grand monde ne se souvient, je décide de vivre une nouvelle aventure à l’étranger. Accompagné de ma brune et de notre chat, je m’envole pour un an à Montréal. Trois ans plus tard, j’en suis revenu vivant et raconte nos péripéties d’expatriés avec Pauline et Gaspard dans la BD Québec Land, dessinée par Aude Massot. Aujourd’hui, je partage mon expérience du compostage avec qui le veut bien !

JPEG Aude : Toute petite, je subtilise des bandes dessinées dans la bibliothèque de mes parents et cela m’inspire pour faire mes propres histoires. Quelques feuilles de papier machine griffonnées plus tard, je prends mon baluchon pour aller étudier la BD plus sérieusement à l’Institut St-Luc de Bruxelles. 
Je rentre à Paris 3 ans plus tard avec mon diplôme en poche, et fais la connaissance de Fabien Bertrand. Nous concrétisons ensemble des projets d’albums chez les Enfants Rouges. A côté de ça, je fais du storyboard pour des séries télé parce que la BD ce n’est pas très lucratif comme chacun sait !
En 2011, je pars vivre quelques mois à Montréal pour travailler dans un studio d’animation. Le hasard fait que je croise la route d’Edouard et Pauline, et nous décidons de monter le projet Québec Land.

JPEG Gaspard le chat : Je suis né le 29 septembre 2008. Chaton, je gobais la mouche. Après quelques années d’apprentissage aux cours Simone, je deviens un expert dans la chasse aux écureuils. Durant mon séjour à Montréal, je remporte de nombreux prix tels que La griffe d’argent ou encore La croquette d’or. J’apprécie particulièrement lécher l’opercule des yaourts mais ne supporte pas l’avion. Aujourd’hui, mon arbre à chat est implanté en Sarthe.

- Etiez-vous déjà investis dans le milieu de l’art et de la création en France ? Si oui, le choix de Montréal comme ville d’expatriation était-il lié à son dynamisme artistique ? Ou relevait-il d’autres aspects ?

Pauline : Comme je le disais plus haut, je baigne dans le théâtre depuis toute petite car mon père dirige une compagnie de théâtre depuis 1995. Mon premier rôle, je l’ai décroché à 4 ans (rôle muet d’un petit ange). Alors, en effet, le dynamisme culturel de Montréal a surement influé dans mon choix. Ce qui est particulièrement agréable à Montréal, c’est que les festivals investissent les rues, les parcs… Il y a une proposition de spectacles et de concerts complètement délirante et gratuite en plus !

Edouard : Je me souviens que l’une de nos premières idées était de passer 6 mois à Montréal puis 6 mois à Vancouver, en pensant que c’était à côté… On regardait la carte et on se disait : « on va aller là, puis là, et après là ». En fait, après 6 mois à Montréal, il y avait tellement de chose à y faire que l’on a clairement abandonné l’idée d’aller traverser le Yukon en roller où de prendre un coca avec les ours polaires du Grand Nord. Rien ne vaut une bonne boréale dorée dans l’une des nombreuses boîtes à chanson de Montréal !

Aude : Je travaille dans le milieu du dessin animé depuis 7 ans, ce qui me permet d’être en relation permanente avec beaucoup d’artistes et d’étendre mon réseau. Il y a beaucoup de gens qui sont intermittents dans l’animation et qui font également de l’illustration ou de la bande dessinée. J’ai travaillé dans plusieurs studios de diverses villes comme Paris, Lille et donc aussi Montréal, où grâce à mes contacts, je n’ai pas eu trop de mal à trouver un job. Mon but en partant là bas était bien sûr de découvrir le milieu artistique au Québec, et je n’ai pas été déçue, il y a vraiment une grande diversité et on rencontre tout le temps plein de gens qui pratiquent diverses disciplines.-

- Comment avez-vous appréhendé votre installation à Montréal ?

Pauline : Avec du recul, je dirais que notre installation a été facile ! Édouard et moi, nous avons mis deux mois à trouver notre appartement, nos emplois et un premier ami ! Après, vous m’auriez posé cette question durant cette période de recherches, je vous aurais sûrement dit que je trouvais ça difficile, incertain. Je vous aurais aussi dit que Montréal ne correspondait pas tout à fait à l’idée que je m’en faisais... Nous étions en plein mois d’avril, la neige était en train de fondre laissant ressurgir des détritus emprisonnés durant tout l’hiver. Il faisait froid. J’étais en train de manger un sandwich (pas très bon d’ailleurs) acheté au Métro sur un banc du parc La Fontaine encerclée par des dizaines d’écureuils affamés… Oui, j’ai eu une petite phase de rejet au départ mais deux mois plus tard, c’était le bonheur !

Edouard : C’est vrai que les premières semaines ont été parmi les plus intenses. On était un peu loin de l’image que nous nous en étions faite à force d’entendre que "Montréal est super". Un jour c’était moi qui désespérais et le lendemain, c’était le tour de Pauline. Pour une fois, le fait de ne pas être en phase au quotidien nous a sauvé ! L’arrivée de l’été et des festivals a complètement changé la ville. D’ailleurs, on a redécouvert cette sensation à chaque nouvelle saison. Il nous est arrivé de ne pas reconnaître notre rue d’une semaine à l’autre !

Aude : Pour moi trouver à me loger a été hyper facile ! Rien à voir avec les difficultés qu’on peut connaître à Paris. J’ai fait de la sous-location dans des appartements en coloc, je trouvais ça chouette d’être en permanence dans le temporaire, ne pas savoir trop ce que je ferai sur le long terme. J’ai du coup vécu le présent à Montréal de manière très intense ! Pour ma part, j’ai surtout été surprise par le climat, je suis arrivée en avril aussi et il y avait encore un peu de neige, ça m’a surprise ! Puis l’été est arrivé presque d’un seul coup, et la végétation aussi… Ce sont des choses auxquelles on est moins habitués en France, les transitions sont plus progressives ! A Montréal, on ne sait jamais comment s’habiller, on peut sortir en manteau le matin et opter pour un tee-shirt l’après midi ! Je me suis déshabituée à la météo, l’improvisation me plaisait !-

- Comment l’idée de représenter votre expérience en bande dessinée vous est-elle venue ?

Pauline : Au début de notre expatriation, Edouard et moi écrivions chacun des petits billets d’humeur racontant nos péripéties sur nos ordinateurs respectifs. C’était un moyen pour nous d’évacuer quelques doutes et tensions emmagasinés durant la journée. Les semaines passant et la situation s’améliorant au même rythme que les températures, on a relu cela et ça nous a fait beaucoup rire. On s’est dit qu’il fallait en faire quelque chose. Comme nous apprécions tout particulièrement la bande-dessinée, on a souhaité en faire une. On a posté une petite annonce "2 scénaristes cherchent illustrateur" et Aude a répondu à notre appel.

Edouard : Suite à notre rencontre, Aude a rapidement été rappelée en France pour de nouvelles aventures dans le dessin animé. Nous avons donc principalement réalisé Québec Landà distance, via courriel, dropbox ou encore par skype quand on n’arrivait pas à se mettre d’accord par écrit ! Ça nous a pris un an et demi de travail avant de diffuser le premier épisode sur le web. Nous nous sommes lancés sur Delitoon.com en choisissant de découper notre histoire sous forme d’épisodes. Ces épisodes se composaient d’une grande bande verticale, appelée « webtoon », que le lecteur déroulait tel une page internet classique. Le rythme que nous nous imposions était d’un épisode par semaine, de l’arrivée des personnages au Québec à leur retour en France un an plus tard.

Au premier jour, nous pensions être lu seulement par nos parents et d’éventuels cousins éloignés. Et pourtant on a atteint 500 lectures à la fin de la journée ! 9 mois et 20 épisodes plus tard, on a atteint 180 000 lectures, des centaines d’échanges avec les lecteurs, des relais de nos partenaires (le Consulat général de France à Québec, PVTistes.net, l’OFQJ) et des médias ainsi que des milliers de partages sur les réseaux sociaux… L’objectif que l’on s’était donné de partager cela avec le plus grand nombre était plus que rempli ! On était super contents et motivés car cela nous avait demandé un boulot considérable. Les éditions Sarbacane nous ont rejoint dans l’aventure et nous en avons fait un album, sorti le 4 juin dernier en France et le 19 juin au Québec.

Aude : Rien à ajouter, ils ont bien expliqué !-

- Aujourd’hui, où en êtes-vous de vos aventures ?

Pauline : Je suis aujourd’hui de retour au Mans avec Édouard. Nous avons quitté le Québec à l’automne dernier après deux ans et demi d’expatriation. Notre visa était arrivé à terme. Nous avons laissé là-bas beaucoup d’amis mais nous savons que nous y retournerons ! C’est encore un peu chez nous ! Avoir quitté la France m’a fait prendre conscience que je connaissais très mal mon pays. J’ai envie maintenant de prendre le temps de l’explorer. 

Edouard : Je n’ai pas l’impression d’être rentré car nous avons été très occupés par Québec Land, la fin de la diffusion en numérique ainsi que la transformation sous forme d’album. J’ai toujours un pied là-bas grâce à cela. Montréal est un peu notre second chez nous, on sera amenés à y retourner le plus souvent possible. J’ai ramené avec moi de nombreuses choses, au delà d’un mètre cube d’affaires ! La relation à l’autre, une simplicité et une souplesse dans la relation professionnelle qui donne un véritable confort de travail et de vie. J’aurais voulu embarquer un BIXI aussi mais il fallait faire des concessions !

Aude : Je suis rentrée un peu avant Edouard et Pauline, fin 2011. Puis je suis retournée au Québec en juillet en 2013. Depuis je suis à Paris, mais l’idée de revivre une expérience au Canada me plairait bien, peut-être tenter une autre ville !-Et enfin, dernière petite question…

-  Quel conseil donneriez-vous à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

Pauline : Fonce !

Edouard : Et prends ton Québec Land avec toi pour les chaudes journées d’hiver et les froides d’été !

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publié le 25/09/2014

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