Le Portrait du mois… Lili

Lili, créatrice du blog Tchao Günter, est une Strasbourgeoise expatriée au Québec depuis 2009. Impliquée dans plusieurs initiatives artistiques (parmi lesquelles SkinJackin, le collectif de tattoo live) elle a créé son propre blog en février 2014 pour que ses proches puissent suivre son combat contre le cancer du sein. Un sujet difficile qu’elle traite avec une légèreté admirable, permettant aux internautes de partager sa vie quotidienne entre découvertes surprenantes, interactions avec le corps médical et bonnes résolutions (manger plus de gâteaux, adopter un chat…).

JPEG Lili a accepté de nous parler de son expérience de l’expatriation et de ce que sa vie au Québec lui a apporté, personnellement et artistiquement parlant.

Lili est arrivée au Québec il y a 6 ans maintenant, alors qu’elle venait juste de terminer ses études en art et design. Après avoir essayé de trouver du travail en France pendant quelques temps, elle a préféré partir, et a commencé des démarches pour s’installer à… Vancouver, avec un ami. Finalement, elle s’est retrouvée à Montréal, destination choisie un peu par hasard quand il s’est avéré qu’elle devrait partir seule. En possession d’un visa lui permettant de s’installer au Canada, elle a tenté l’aventure québécoise sans trop savoir à quoi s’attendre… Et a été conquise. Elle a trouvé un premier boulot, de vendeuse, dès son premier jour sur le sol québécois.

A ses yeux, la principale difficulté pour un français qui voudrait travailler au Québec réside dans l’obtention d’un premier poste : avoir une expérience québécoise, plus valorisée par les employeurs que les expériences françaises, a une importance primordiale. C’est le poste de chargée de communication chez imprime emploi, une imprimerie Montréalaise à vocation sociale d’insertion professionnelle, qui lui ouvrit d’autres portes. Postuler dans d’autres entreprises devint alors beaucoup plus facile. Lili occupe, depuis trois ans maintenant, un poste chez Ubisoft, et fait de la pige en graphisme de manière occasionnelle. Cette grande entreprise comporte de nombreux atouts qui lui plaisent suffisamment pour qu’elle reste l’une de leurs employées après 3 ans d’expérience, période au bout de laquelle elle préfère d’ordinaire changer d’emploi. Elle n’a pas choisi cette entreprise pour ses origines françaises, mais bel et bien parce qu’Ubisoft a réussi à asseoir sa réputation à l’échelle internationale ; d’ailleurs, l’environnement de travail est essentiellement québécois, et non français, ce qui démontre les qualités d’adaptation de l’entreprise à son lieu d’implantation.

La vie de Lili au Québec ne se résume cependant pas à ses pratiques professionnelles.

Assez malheureusement, elle peut également nous en dire beaucoup sur le monde de la santé au Québec, puisqu’elle a été diagnostiquée atteinte d’un cancer du sein il y a quelques mois. Le choc que peuvent ressentir les Français qui se trouvent confrontés à un système de santé nord-américain est bien compréhensible : beaucoup critiquent le système considéré comme froid et inhumain, basé sur le profit et sans égards pour les patients. Lili peut en donner une image plus positive et optimiste, puisque ses médecins prennent grand soin d’elle, et s’occupent extrêmement bien de son cas. Se disant très entourée et satisfaite, Lili vient donc nous donner une autre vision du monde médical québécois. Le point fort de ses médecins est qu’ils acceptent de répondre à toute ses questions, lui donnent beaucoup d’informations et n’hésitent jamais à échanger avec elle, se rendant disponible lorsqu’elle veut discuter de sa maladie et essayer de la comprendre. N’étant pas habituée au système français, elle ne peut établir de comparaison pertinente. On peut malgré tout retenir de son expérience qu’en tant que patiente, Lili ne se sent pas traitée comme un « numéro », une énième malade à traiter dont on renierait l’individualité.

C’est le diagnostic de sa maladie qui lui a donné envie de sauter le pas de la publication de ses dessins sur internet : le blog Tchao Günter était né ! (http://tchaogunther.com/) Avec un style à mi-chemin entre celui de Pénélope Bagieu (blog Ma vie est tout à fait fascinante) et celui de Marion Montaigne (blog Tu mourras moins bête) Lili nous raconte son expérience du cancer du sein, et nous livre sans fard ses sentiments les plus profonds tout en expliquant le fonctionnement de la maladie avec humour et finesse.

Le fait d’émigrer au Québec a eu un impact certain sur sa démarche artistique, puisqu’elle reconnait avoir pris beaucoup d’assurance en intégrant ce nouvel environnement. Quand elle n’osait pas, en France, rendre ses créations publiques, elle se lance au Québec dans l’autoédition. Lili explique qu’être à Montréal l’a en quelque sort décomplexée par rapport au fait de montrer son travail. Avoir quitté son pays et sa zone de confort l’a aidée à s’exprimer à travers ses dessins.

JPEG Elle salue également le dynamisme culturel de sa ville d’accueil. Les initiatives artistiques sont légions, et permettent à chacun de trouver son bonheur. Ce dynamisme encourage à présenter son travail aux autres, et ce partage peut ouvrir bien des portes. Ainsi, elle n’a pas eu besoin de chercher d’éditeur pour que son blog Tchao Günter puisse avoir son équivalent en bande dessinée. Son éditrice est venue vers elle, et leur relation s’en trouve beaucoup plus personnelle et fructueuse. Le recul qu’elle a au sujet du travail de Lili lui permet de l’orienter efficacement vers des pistes pertinentes pour améliorer ses idées.

Le monde de l’édition québécois présente une particularité à ne pas négliger : son foyer de lecteurs est largement inférieur à celui que l’on peut trouver en France. Pour autant, cela ne limite pas l’audace et la prise de risque de l’artiste… et ce point précis est particulièrement stimulant pour les auteurs !

Les différents univers abordés par Lili au Québec semblent bien différents de leurs équivalents français. Pour autant, elle affirme ne pas avoir rencontré de difficultés lors de son installation, malgré les surprises potentielles qui parfois attendent les expatriés au tournant. Elle met néanmoins en garde ceux qui souhaiteraient venir s’installer dans la belle province de l’importance d’arriver en étant ouvert d’esprit et respectueux. Si son expérience de l’expatriation est très positive, c’est parce qu’elle-même est très positive et optimiste. Cet état d’esprit lui a permis de s’adapter et d’affronter sereinement ce qui peut en rebuter beaucoup : l’hiver, la recherche de travail, d’un logement… Pour elle, l’une des forces du Québec est sa langue. Parler le même langage facilite les échanges et permet d’approfondir sa connaissance de la culture québécoise, ce qui est capital à une bonne intégration ! Cependant, il ne faut pas tomber dans l’illusion consistant à dire que, parce que les langues se ressemblent, la culture est la même. L’ouverture d’esprit reste absolument primordiale à ses yeux.

Revenir en France n’est pas à l’ordre du jour pour Lili. Elle se trouve vraiment bien ici, et n’a pas vraiment envie de repartir. Ses conseils aux candidats à l’expatriation sont simples : ne pas venir ici avec la vision d’un eldorado comme peuvent le présenter certaines revues françaises. Tout le monde ne trouve pas forcément le travail dont il rêvait. Tout le monde n’apprécie pas les longs mois d’hiver. Si Lili se félicite de son choix, elle rappelle néanmoins qu’elle n’a pas de point de comparaison avec ce que son parcours aurait pu être en France ! Ayant immigré juste après avoir terminé ses études, elle ne peut pas évaluer l’évolution qu’aurait eu sa carrière si elle était restée sur sa terre natale.

-  Quel conseil donneriez-vous à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

"Ne pas s’imaginer un eldorado, être ouvert d’esprit et respectueux, voila les trois piliers à garder en tête pour réussir son installation."

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Les histoires de Lili ont été récemment regroupées et publiées aux éditions Parfum d’encre

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publié le 12/11/2014

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