Le Portrait du mois... Odile-Marielle Dubois (janvier 2012)

Odile-Marielle Dubois : « Pourvu que cela m’intéresse et que je sois libre »

JPEG Cela aurait pu être partout dans le monde mais c’est à Québec qu’Odile-Marielle Dubois a décidé de poser ses valises. C’était en 2007. Depuis son cœur balance. Si elle s’enthousiasme pour un certain Québec, elle en critique aussi un autre.

« En 2005, l’année de mes 40 ans, alors que j’étais consultante dans un cabinet de conseil en développement économique à Lyon et que j’avais eu de riches expériences professionnelles, j’ai voulu prendre une pause. » Odile-Marielle Dubois quitte alors son emploi et liquide tous ses biens. Alors qu’elle aurait pu partir faire le tour du monde, elle décide de faire un périple utile et part en voyage linguistique. Ce sera d’abord l’apprentissage de l’espagnol dans la péninsule ibérique. Elle y rencontre des Québécois qui lui parlent de leur cher pays. Elle y pensait déjà, la voilà séduite. Elle dépose donc une demande d’immigration avant de partir pour l’Allemagne, puis la Russie. À son retour, après trois mois de recherches d’emploi infructueuses, elle constate qu’après avoir passé 18 mois hors de France sans travailler, elle est devenue « inemployable » selon les critères français.

Si la France ne veut pas d’elle, le Québec l’a sélectionnée. Aussitôt son visa canadien en poche, elle s’envole pour un premier voyage au Québec qui lui permet d’entrer au pays, de valider toutes les formalités et de tâter le terrain. De Montréal à la Côte-Nord en passant par Québec et les Chaudières-Appalaches, elle prend le pouls et choisit la ville de Québec qu’elle juge plus calme et plus humaine que Montréal. Après être repassée par la case France pour récupérer 120 kilos de bagages, elle s’installe finalement en septembre 2007.

Commencent alors les premières épreuves avec la recherche d’un emploi. « En France, j’avais été cadre toute ma vie grâce à mes diplômes de grandes écoles, le sésame pour les postes à responsabilité. Au Québec, j’ai découvert que les diplômes ne servent pas d’étalon comme c’est le cas en France et que les employeurs ne leur font pas confiance et ne reconnaissent pas plus nos années d’expérience en France. » Elle contacte tout ce que la ville de Québec compte d’organismes économiques sans jamais trouver d’emploi dans un domaine où elle a pourtant 10 ans d’expérience. « J’étais persuadée que j’allais facilement décrocher un travail parce que la Délégation générale du Québec nous recrute notamment sur nos diplômes et nos expériences et, au final, il n’en était rien. »

Après avoir enfin obtenu une offre d’emploi dans le Témiscouata, qu’elle refuse en s’imaginant mal passer son premier hiver dans une région éloignée, elle accepte, en novembre 2007, un travail d’agent de bureau et une rémunération de 25 000 $ par année. Dans la même année, elle trouve un deuxième puis un troisième emploi, en progressant professionnellement et financièrement à chaque fois. « Cette première année d’expérience a été extrêmement formatrice car j’ai pu me rendre compte de la différence culturelle et des pratiques professionnelles d’ici. Pour moi, tout était différent : organisation du travail, hiérarchie, relation entre collègues, etc. »

En janvier 2008, elle passe un concours administratif qui, onze mois plus tard, lui permet de décrocher un emploi dans sa branche au Ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation du Québec. En parallèle, elle suit des cours à l’École nationale d’administration publique et obtient une maîtrise rondement menée en deux ans et demi. « J’ai travaillé comme une brute, et j’ai eu une vie monacale pendant toute cette période. Mais je suis fière d’avoir pu mener ces études tout en travaillant à temps plein ce qui aurait été difficile voire impossible à combiner en France. Et maintenant j’ai un diplôme québécois qui peut m’aider à progresser dans mon organisation. En plus cette formation m’a permis de mieux connaître les Québécois, le Québec et le fonctionnement de la société. »

Est-elle heureuse aujourd’hui ? « Je suis une râleuse professionnelle donc ne vous attendez pas à ce que je vous dise que je suis heureuse ! » lâche Odile-Marielle dans un grand éclat de rire. « En fait, je ne suis pas malheureuse mais insatisfaite sur le plan professionnel. Si la vie quotidienne est bien plus confortable qu’en Europe, à tous égards, je reste sur ma faim sur le plan professionnel. Je pensais continuer ma carrière, or je suis repartie 20 ans en arrière. Le gouvernement du Québec veut des immigrants qualifiés et expérimentés et il nous sélectionne sur des critères très élevés, mais la population et les employeurs ne sont pas forcément préparés à nous accueillir. C’est là où nous devons faire notre bout, nous adapter, nous faire accepter. Et c’est à ce stade qu’il y a des échecs dans l’immigration. Il faut se trouver une place dans une société qui nous a choisie mais dont on ne possède ni le mode d’emploi, ni les codes. Alors on avance pas à pas et on s’intègre, chacun à son rythme. Pour ma part, j’ai préféré m’investir dans la communauté française. En tant que présidente d’Accueil Français de Québec j’essaye de préparer les immigrants mieux que je ne me suis moi-même préparée afin qu’ils sachent à quoi s’attendre. »

Yasmine Berthou

Deux questions sur l’immigration…

- Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu lorsque vous avez décidé de venir vivre au Québec ?

- Quel conseil donneriez-vous à votre tour à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

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publié le 20/01/2012

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