Le Portrait du mois… Sofiane Kherarfa

PNG "Je m’appelle Sofiane Kherarfa, j’ai 21 ans. Je vis à Bordeaux, ville dans laquelle j’ai principalement grandi et fait toute ma scolarité. Je suis actuellement étudiant à l’Université de Bordeaux en Master de Droit Public. Je prépare également en parallèle un Certificat d’Études Européennes.

De mère Biélorusse et de père Algérien et ayant immigré en France à mes 2 ans, ma conscience politique s’est d’abord nourrie d’une riche histoire personnelle : celle de l’Europe des années 1990, celle de la relation franco-algérienne et surtout celle de l’intégration. Mais c’est véritablement au lycée que j’ai senti le besoin de m’engager politiquement. Mon engagement au sein du Mouvement des Jeunes Socialistes en 2010, association d’éducation populaire et politique, a été sinon un tournant du moins un élément fondamental dans ma jeunesse.

L’ouverture au monde, une conscience politique qui a perpétuellement besoin d’être alimentée ainsi que les différentes expériences d’amis proches pendant leurs études à Montréal m’ont naturellement conduit à participer à cette formidable aventure que forme le CAPFQ.

Le Comité d’action politique franco-québécois (CAPFQ) conduit chaque année des stages croisés de jeunes responsables de partis politiques auprès des instances gouvernementales et législatives. Ce projet a pour objectif de renforcer la connaissance du fonctionnement des ministères et des institutions françaises et québécoises dans les milieux étudiant et des jeunes professionnels, par l’intermédiaire d’un programme de stages élaboré au sein des cabinets ministériels et des institutions politiques.

Ainsi, j’intégrais le 9 septembre 2014 le cabinet du Ministère des Finances du Québec pour 6 semaines. Cette expérience a été d’une richesse exceptionnelle, d’une abondance de rencontres et de savoir : un moment formateur que je recommande à tous. En effet, le cabinet m’a mis à l’aise dès le début. Puis, petit à petit, une confiance palpable s’est installée. Alors, on m’a confié des dossiers aussi complexe qu’intéressant. Là réside l’élément le plus marquant pour un français au Québec : le stagiaire pendant son stage n’est ni vu ni traité comme tel.

J’ai pu travailler en étroite collaboration avec les attachés politiques, les adjointes, les directeurs du cabinet et découvrir le quotidien d’un ministre et de son attaché presse. En tant que stagiaire, nous ne rédigeons pas seulement des notes sur des sujets peu ou prou confidentiels, nous sommes véritablement intégrés dans la machine du cabinet ministériel. J’ai donc pu participer de manière active aux réunions, j’ai pu faire entendre mon point de vue, j’ai pu appuyer telles ou telles recommandations. Pour illustrer mon propos, voici un exemple qui m’a beaucoup étonné. Après avoir travaillé sur un dossier, la rencontre avec la structure en question était à Montréal alors que je devais être à Québec ce jour-là : aucun problème, le cabinet va tout faire pour organiser une visioconférence afin de me permettre non seulement d’assister à la réunion mais d’y participer.

Ainsi, quelle que soit la suite qui est donnée à mon travail, quelle que soit l’importance qui sera accordée à mon humble apport, le but sera que je me sente bien pour profiter au maximum de mon expérience et apprendre le plus possible en peu de temps.
Cela va sans dire que le rapport professionnel et humain des québécois est extrêmement différent de celui des français. Bien que la hiérarchie existe aussi bien formellement que matériellement, le poids et la rigidité de l’organigramme du cabinet sera faible. On pourra s’adresser à tous à tout moment sans jugement ni a priori.
De plus, le caractère trans-partisan du CAPFQ offre une véritable immersion au sein de la structure politique québécoise. Moins militant et beaucoup plus institutionnel, le stage permet de véritablement saisir les enjeux politiques du Québec (un clivage politique à 4 branches, un fédéralisme comprenant le phénomène national québécois, une attache historique avec la France, etc.).

Enfin, si les enjeux de la francophonie ne peuvent être intégrés qu’en émigrant, paradoxalement, de la France, mon expérience m’a révélé que si le québécois sera parfois dur avec les français, le Québec nous montre une volonté et une détermination des plus actives afin de consolider des liens forts avec la France. À nous français d’être à la hauteur des enjeux.

Si les différences entre les deux systèmes politiques sont nombreuses, dans la structure, le régime, la manière de faire, d’incarner et de militer pour l’ensemble du personnel politique, les attaches et les similitudes entre la France et le Québec s’incarnent autour d’un humanisme profond, d’une vision du monde partagée et d’une haute idée de la chose publique.

Je retourne à Bordeaux poursuivre mes études de droit et mon engagement politique ce 19 octobre 2014 avec d’une part la certitude de revenir au Québec, mais surtout avec la ferme intention de nourrir la relation franco-québécoise. L’importance de cette relation ne se réserve pas à la diplomatie mais doit conquérir les mœurs. La France y gagnera. La francophonie permet de s’ouvrir au monde, d’alimenter une autre vision et de balayer des tentatives de repli sur soi.

Pour ce qui est du CAPFQ, je ferais tout pour que les jeunes responsables politiques québécois, qui vont chaque année effectuer un stage auprès d’un élu de la République Française, passent un moment aussi agréable et enrichissant que celui que j’ai pu passer. La réciprocité dans l’implication paraît être un devoir. Ce sera aussi mon remerciement."

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publié le 11/12/2014

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