Le Portrait du mois… Vanessa Viera

Vanessa Viera, 36 ans, est une Française au parcours quelque peu atypique. Installée au Québec depuis 1991, elle exerce deux professions qui semblent, a priori, à l’opposée l’une de l’autre : la biologie et la photographie. Elle a accepté de nous expliquer de quelle manière son métier de chargée de projet en environnement a influencé sa pratique de la photo, et nous a parlé un peu plus précisément de « son » Québec et de tout ce que son expatriation lui a apporté.

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Pourriez-vous présenter votre parcours et votre activité en quelques lignes ?

Je suis biologiste de formation. Je possède une maîtrise en aménagement de la faune et un doctorat en écologie comportementale. J’ai complété ces deux diplômes à l’université Laval à Québec. Depuis 4 ans maintenant, je travaille pour la firme Roche ltée, à titre de chargée de projet en environnement, spécialiste de la flore et de la faune. Mon travail implique de nombreux terrains à travers toute la province du Québec essentiellement. Je parcoure ainsi le territoire pour aller y inventorier les caribous, les orignaux, les loups et autres mammifères pendant l’hiver. Mon été est quand à lui bien occupé à marcher dans les tourbières, les marécages, patauger dans les ruisseaux, etc. afin de caractériser ces milieux naturels. Dans mon métier, il ne faut pas avoir peur d’être sale, mais je me considère tellement chanceuse de pouvoir œuvrer pour l’environnement et côtoyer la nature près de 5 mois dans l’année tout en étant payée pour cela ! Ultimement, mon travail consiste à réaliser des inventaires de la faune et de la flore en amont de projets de développement, afin de décrire ce qu’il y a sur place avant un projet, et recommander des actions à prendre, afin de respecter le cadre légal environnemental et préserver la biodiversité.

Je travaille aussi à mon compte à titre de photographe. Les deux professions sont liées dans mon parcours car c’est en réalisant de nombreux terrains dans des endroits exotiques, comme l’archipel de Crozet en plein milieu de l’océan Indien et auprès d’espèces animales charismatiques comme le manchot royal, l’albatros hurleur ou la chèvre de montagne que le désir de photographier mon environnement est né. Au fil des ans, je me suis équipée d’un équipement professionnel et aujourd’hui, mon sujet photographique favori est l’humain dans son milieu naturel. Je réalise des séances de photos ‘lifestyle’ (emprunté à l’anglais qui veut dire au naturel, dans le quotidien par opposition à la photographie en studio) pour des familles, des couples, des grossesses, des mariages (http://vanessaviera.wix.com/vanessaviera et https://www.facebook.com/pages/Vanessa-Viera-Photographie/142373462497517).
Ma formation en écologie comportementale et ma fascination pour l’observation des gens dans leur élément, réalisant les gestes les plus anodins ou les plus surprenants, sans que personne ne le dénote, est une grande inspiration pour moi !

Quels sont les éléments qui vous ont donné envie de venir vous installer au Québec ?

Lors de ma troisième année d’université à Paris XI en biologie, j’ai pris connaissance du programme d’échange CREPUQ afin d’aller y compléter ma 4ème année universitaire. J’avais alors 20 ans, mais déjà un goût prononcé pour l’aventure et les voyages. J’hésitais entre l’Australie et le Canada en raison des grands espaces qui m’attiraient. L’aspect financier plus abordable dans les universités québécoises a finalement influencé mon choix. Une fois retenue, le programme d’échange CREPUQ bien rôdé m’a aisément épaulée dans mes démarches pour m’installer.

Tout n’a pas toujours été rose au cours des années, et des périodes de soulagement ont succédé à des périodes de découragement, notamment lors de mes démarches pour obtenir ma citoyenneté Canadienne. Mais aucune phase d’hésitation n’a jamais embrouillée mon choix : j’allais m’installer au Québec. Après un laborieux processus dans lequel je suis passée devant un juge du Canada pour plaidoyer ma légitimité d’obtenir ma citoyenneté en raison de mes absences prolongées du pays dans le cadre de mon doctorat, je détiens désormais la double citoyenneté depuis décembre 2008 avec un grand honneur.

Le coup de foudre pour le Québec a été instantané. Et puisque j’y ai aussi trouvé un travail enlevant, une passion payante, une terre d’adoption et le grand amour, on peut dire que le Québec me l’a bien rendu !

Quelles sont les éléments qui vous y séduisent le plus ?

Je suis étonnée de réaliser combien la sécurité est l’un des premiers mots qui me vient en tête. J’ai grandi en banlieue parisienne avec un sentiment d’insécurité récurrent, alimenté par des mauvaises expériences. Québec et sa communauté a été accueillante et réconfortante. Se construire un réseau d’amis québécois est une étape qui exige une certaine détermination et adaptation car il est toujours plus rassurant de ne se maintenir qu’avec d’autres expatriés sinon. Je ne serais cependant pas surprise que ce soit le même scénario un peu partout dans le monde. Hormis la sécurité, je suis une amoureuse de la nature et si la France recèle de joyaux, au même titre que partout sur notre belle planète, je me trouve chanceuse d’être si proche d’une brise d’air salin, des secrets de la forêt boréale, de randonnées dans des sentiers escarpés. Et surtout, je savoure la longueur de l’hiver en ayant découvert les plaisirs de longs mois sous la neige… Je me suis initiée au ski de fond, à la luge, à la raquette et plus récemment au ski alpin !

Comment ce nouvel environnement a-t-il influencé votre œuvre ?

L’influence s’est manifestée à la fois au niveau personnel et professionnel assurément. Lorsque j’ai complété mon échange université entre la France et le Québec, mon intention était ensuite de partir sur le marché du travail ou de partir tout court, explorer le monde.

Cependant, les cours avec peu d’étudiants, la disponibilité des professeurs, les options de matière et la fougue habitant la vie universitaire m’ont suffisamment charmée pour que j’ajoute 10 années supplémentaires à mon parcours académique. D’une étape à l’autre, les opportunités se sont succédées sans trop d’efforts pour finalement m’épanouir dans un emploi qui me correspond parfaitement. Au niveau photographique, c’est le réseautage qui a permis de démarrer dans la profession. Celui-ci est encore essentiel, mais on sent aussi la place qu’il y a à entreprendre au Québec. Le contexte économique est certes difficile aujourd’hui, mais l’engouement et l’entraide se trouvent pour qui a la détermination et la conviction qu’il est fait pour cela.

Au niveau personnel finalement, j’ai trouvé une seconde famille ici. Mes amis sont essentiels à mon équilibre et à mon bonheur, et celui-ci résonne inévitablement sur qui je suis, sur ce que je fais.

Quels liens entretenez-vous avec la France ?

Toute ma famille proche est encore là–bas : parents, frère, sœur et leurs familles. Je suis originaire d’une famille qui a déjà des origines métisses avec un père d’origine espagnole donc mon arbre généalogique est déjà pas mal éparpillé dans le monde. Lorsque je suis partie, pour ne plus jamais revenir, mes parents ont été d’une compréhension exemplaire, sans que cela ne leur plaise pour autant. C’est déjà assez dur que son enfant mène sa vie de façon autonome, si c’est pour qu’il habite à plus de 6000 km de vous. Ils m’ont toujours soutenue, en l’occurrence financièrement, respecté mes choix et c’est ce qui m’a permis de me réaliser et de poursuivre mon rêve ici. J’entretiens encore une correspondance intime avec des amis du lycée et comme mon doctorat s’est réalisé en codirection avec Strasbourg, j’ai de nouveau tissé des liens avec des amis qui demeurent dans le noyau de mon entourage. Malgré la distance, malgré les longues périodes sans échange parfois, la France, et ce qu’elle représente, garde une place privilégiée dans mon cœur.

 

Une question sur l’immigration…

-  Quel conseil donneriez-vous à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

« Comme disait la chanson : chacun sa route, chacun son chemin. Lorsqu’on est prêt à rester au Québec, ou ailleurs, on le sait intuitivement car notre maison est là où nous sommes heureux. Être heureux n’exclut pas les épreuves, mais vivre au Québec procure un petit capital de sympathie qui augure bien ! »

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publié le 18/06/2014

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