Le genre dans l’univers scientifique

Dans le cadre du Forum « Science et Société » qui se tient à Montréal du 2 au 4 novembre 2012, nous publions une série d’entretiens avec les spécialistes français qui doivent y participer. Nous donnons aujourd’hui la parole à Catherine Vidal. Elle est neurobiologiste, Directrice de Recherche à l’Institut Pasteur. Ses recherches portent sur la mort neuronale dans les maladies à prions. Elle se consacre aussi à la diffusion du savoir scientifique concernant le cerveau, le sexe et les préjugés idéologiques.

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Votre grande notoriété vous précède, notamment dans le cadre des recherches sur les rapports entre science et société et, plus particulièrement, sur la différence des sexes sur le terrain scientifique. Quelles sont les grandes lignes de votre réflexion que vous allez présenter lors du Forum ?

Avec les avancées des connaissances sur le cerveau, on serait tenté de croire que les vieux préjugés sur les différences cérébrales entre les hommes et femmes ont été balayés. Or, médias et magazines continuent de nous abreuver de vieux clichés qui prétendent que les femmes sont naturellement bavardes et incapables de lire une carte routière, alors que les hommes seraient nés bons en maths et compétitifs. Ces discours laissent croire que nos aptitudes, nos émotions, nos valeurs sont câblées dans des structures mentales immuables.

Or les recherches contemporaines montrent le contraire : au cours des apprentissages et des expériences, la structure intime du cerveau se modifie sans cesse avec la fabrication de nouvelles connexions entre les neurones. Ces propriétés de "plasticité" font que rien n’est à jamais figé, ni programmé à la naissance dans le cerveau.

C’est une véritable révolution pour la compréhension de l’humain. Le concept de plasticité cérébrale apporte un éclairage neurobiologique fondamental sur les processus de construction sociale et culturelle de nos identités de femmes et d’hommes.

Cette nouvelle édition du Forum a pour ambition de faire appel aux différentes disciplines de la science pour mieux comprendre la construction de nos identités d’hommes et de femmes. Que vous évoque cette démarche, dans son ensemble et dans votre spécialité ?

Au 19ème siècle, la forme du crâne et la taille du cerveau ont été utilisées pour justifier la hiérarchie entre les sexes, les races et les classes sociales. De nos jours, les méthodes d’investigation ont fait des progrès spectaculaires avec l’imagerie cérébrale. Les avancées des connaissances sur le cerveau viennent désormais conforter et enrichir les recherches en sciences humaines démontrant la construction sociale et culturelle de nos identités sexuées.

Néanmoins la dérive vers l’utilisation abusive de la biologie pour expliquer les différences entre les sexes est toujours d’actualité. La vigilance s’impose face au risque de détournement des neurosciences à des fins idéologiques. Dans ce contexte, il est crucial que les biologistes s’engagent au côté des sciences humaines et sociales pour construire une culture de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le Québec et la France entretiennent une coopération scientifique fort riche et intense. Au delà de ce forum, êtes-vous partie prenante à d’autres échanges ?

J’ai été invitée en 2010 par l’ACFAS et l’Institut de recherche et d’études féministes de l’UQAM à donner des conférences. Cette collaboration s’est traduite par un ouvrage intitulé "Cerveau, Hormones et Sexe, des différences en question", dont le lancement est prévu le vendredi 2 novembre 2012 à 17 h 00 à la librairie Le Port de tête, 262 Mont-Royal Est, Montréal.

Pour en savoir plus sur le Forum science et société de l’Acfas : http://www.acfas.ca/evenements/forum

publié le 12/07/2014

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