Le portrait du mois… Christelle Jager et Jérome Guillaud-Bataille

Rencontre avec le fondateur et l’administratrice du groupe Made In France (Quebec). Prochain 5@7 le 22 septembre 2015.

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- Qui êtes-vous ?
Christelle Jager :
41 ans, je suis adjointe administrative chez DS Avocats depuis six ans, je suis née à Carpentras dans le sud-est et je suis aussi administratrice du groupe Made in France (Quebec).

Jérome Guillaud-Bataille  :
36 ans, je suis représentant indépendant pour Rogers et consultant pour le laboratoire Environnex. Je suis originaire de Lyon dans le sud-est de la France et je suis aussi le fondateur du groupe Made in France (Quebec).

- Pouvez-vous raconter vos premiers pas au Québec ?

Christelle :
Avant de venir vivre à Québec, j’habitais un petit village du sud de la France, Graveson. Je profitais de mon congé parental, pour faire un peu le point sur ma vie. En France, la vie était de plus en plus difficile, l’économie se dégradait et devenait incertaine et surtout j’avais l’impression de ne plus avancer, l’impression d’être coincée dans une société sans aucune issue.
Puis, en 2002, je sature, c’est le déclic dans ma tête, il n’est pas question que je reste plus longtemps ici. Le Québec, on en entendait beaucoup parler à l’époque. Faire 7 000 km et arriver dans un nouveau pays où l’on parle Français. Waouh ! Il fallait que j’aille voir ça de plus prêt.
J’ai fait les démarches de demande d’immigration, puis, en moins d’un an j’ai eu ma carte de résidente permanente, ce qui m’a permis de faire le grand saut en juin 2003. Au début, je suis partie, sans trop savoir à quoi m’attendre, pas de voyage de repérage, quelques infos volées dans les livres, après tout je n’avais rien à perdre. Le 17 juin 2003, j’atterris à Montréal, avec mes deux enfants et 4 valises qui contenaient toute une vie.

Jérome :
Avant d’immigré, je vivais à Lyon. La France est un beau pays, mais je trouvais qu’économiquement, ça commençait à se compliquer et à se dégrader. La vie devient de plus en plus insécure et difficile. Ce n’était pas le genre de vie que je souhaitais et il n’y avait pas grand-chose à faire pour changer ça. J’ai commencé à penser à l’immigration, mais sans plus. Puis, c’est la chance qui m’a conduit ici.
Lors d’un concours chez Bouygues Telecom, j’ai gagné un voyage au Canada. Ça m’a tellement plu, que dès que j’en avais l’occasion, j’y retournais en changeant de ville à chaque fois, pour mieux découvrir le pays. A mon arrivée à Québec, j’ai été sous le charme et j’avais envie de venir vivre ici. De retour en France, j’ai fait les démarches d’immigration, j’ai obtenu ma résidence permanente et en 2006, c’était le grand départ. Aujourd’hui je ne regrette rien, je sais que j’ai fait un bon choix.

- Quelles ont été vos premières impressions ?

Christelle :
Le choc bien sûr. Avant de partir, j’avais tout calculé dans le moindre détail. Puis, une fois sur place, c’est la réalité qui prend le dessus. Et, la réalité, c’est loin d’être comme dans les livres ou comme dans les émissions de télé. D’abord, c’est le choc de la langue. Oui, au Québec il parle français, mais personne ne m’avait prévenue pour l’accent !! Et ça, c’est un détail important. Ensuite, c’est l’épicerie. Je n’avais jamais mis autant de temps pour faire l’épicerie.
C’est impressionnant de se rendre compte à quel point les choses les plus simples de la vie, peuvent devenir le plus compliquées. Rechercher un emploi, trouver un logement, faire l’inscription à l’école, trouver une garderie, acheter une voiture…tout est différent, tout est nouveau, tout est d’un coup si compliqué. Ça prend beaucoup d’énergie. Il y a aussi cette impression de grandeur, tout est plus grand, les routes, les maisons, les buildings, les voitures….
Puis, certaines choses sont moins chères qu’en France. En 2003, le prix du gaz au litre était de 0,75 cent, les maisons étaient moitié moins chères qu’en France. Il y a aussi cette impression étrange de peur et de satisfaction, car on a osé partir et parce qu’on ne sait jamais ce qui nous attend demain dans ce nouveau pays.

Jérome :
C’est difficile d’arrivée dans un nouveau pays. Même si j’étais déjà venu avant, ce n’est pas la même chose. Faire un voyage en tant que touriste et venir vivre ici, ce n’est pas la même aventure. Nos repères n’existent plus. Il faut s’habituer à une nouvelle culture et un nouveau pays, refaire ses propres marques et contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas si facile. Ça demande des efforts de notre part et beaucoup d’énergie. Il faut recommencer à zéro.
Ma stratégie, c’était de ne pas vivre au-dessus de mes moyens afin de pouvoir tenir le plus longtemps possible. C’est compliqué de trouver un emploi en arrivant, c’est compliqué de trouver un logement. On doit se remettre en question, ne pas se décourager ni se laisser gagner par la solitude ou l’isolement.

- Votre immigration a-t-elle changé votre façon de travailler/de vivre ?

Christelle :
Oh oui ! L’immigration change une vie, change un caractère, change notre perception des choses. Ça nous sort de notre zone de confort et c’est ce qui en fait une expérience extraordinaire. Ça nous permet d’évoluer, de s’améliorer, de voir nos capacités d’adaptation. Tout est remis en question. Même aujourd’hui, je change encore et je pense que ça ne s’arrête jamais.
Vivre dans un autre pays, avec une culture différente, ça nous pousse à dépasser nos limites. Ça nous apprend à vivre avec les meilleurs avantages des deux pays, ce qui finit par devenir une force. Avec l’immigration, on apprécie davantage la vie. On est moins dans l’empressement, on s’autorise une liberté dans nos choix au quotidien, qui n’existait pas en France. Ici, il semble que tout soit possible. C’est plus calme, plus sécuritaire. Le rythme de travail est différent, les relations aussi. C’est beaucoup plus souple, plus amicale. Le niveau de hiérarchie est moins marqué qu’en France, voire inexistant.
Une fois que le mode de fonctionnement du marché du travail est assimilé, il est plus facile de changer de carrière. L’accessibilité à la formation est très active et cela rend plus facile une reconversion de carrière. Les offres d’emplois sont plus nombreuses. Ce sont des avantages qu’on ne peut trouver en France.

Jérome :
Oui, bien sûr, que l’immigration a changé mon travail. Ici tout est possible. En y mettant l’énergie nécessaire et avec toutes les opportunités qu’ils existent par rapport à la France, on peut facilement se poser les bonnes questions et faire les choix qui conviennent le mieux à la nouvelle vie que l’on souhaite.
J’ai fait le choix d’être travailleur autonome pour me permettre de gérer mon rythme de travail. Moins de pression, plus de liberté dans la gestion du temps, plus sécuritaire et le salaire est en fonction des efforts fournis. Il semble que le niveau de vie soit de meilleure qualité. Les loisirs et les activités sont plus accessibles. On profite davantage des moments de détente, car il y a toujours quelque chose à faire.

- Pouvez-vous nous parler de votre vie professionnelles ici.

Christelle :
En arrivant à Québec, j’ai été confrontée au même problème que la majorité des immigrants rencontre. Sans expérience d’emploi ici, les entretiens d’embauche restent souvent sans suite. C’est un obstacle de taille, mais pas insurmontable. Pour ma part, j’ai dû mettre mon ambition de côté, car les économies fondaient plus vite que la neige.
J’ai commencé chez Mc Donald, à 29 ans, ma fierté en a pris un coup, mais l’urgence de subvenir à nos besoins était plus forte. J’y suis restée un an, malgré tout, ce fut une très belle expérience pour moi.
Ensuite, j’ai postulé à la Ville de Québec, en tant qu’agente au secrétariat, j’y suis restée deux ans. J’avais un bon salaire, la sécurité de l’emploi, mais ça ne correspondait pas à mes attentes, beaucoup trop tranquille à mon goût. Alors, j’ai changé pour un poste d’adjointe administrative dans un bureau d’avocats, beaucoup plus dynamique ! J’y suis encore aujourd’hui et j’adore ça.

Jérome :
Pour ma part, je suis arrivé seul ici, je n’ai jamais opté pour un travail dit alimentaire. Plusieurs immigrants le conseillent, car cela permet d’obtenir plus rapidement une expérience d’emploi, et ensuite nous donne la possibilité d’appliquer sur des postes plus ciblés. J’ai préféré attendre 6 mois pour trouver l’emploi qui allait lancer ma carrière et surtout qui me correspondait vraiment.
Mais ça n’a pas été facile. En arrivant ici, j’ai quand même passé quelques entrevues qui m’ont confrontées au même problème. L’expérience d’emploi au Québec est primordiale pour décrocher un travail. Ça fait huit ans, que je suis travailleur autonome et je ne changerai pour rien au monde. Ça me convient comme rythme de travail et ça me permet de cumuler avec mon poste de consultant pour un laboratoire.

- Et votre intégration.

Christelle :
L’intégration n’est pas facile. Les gens sympathisent vite avec nous, mais ça ne va jamais plus loin. Il y a une barrière entre nous. J’ai de très bons amis québécois, mais la majorité de mes amis sont Français. C’est l’une des choses que j’ai trouvé la plus dure en arrivant ici. En quittant son pays, on quitte aussi nos amis, notre famille et la nostalgie nous gagne. S’intégrer socialement en France et au Québec, ça ne se fait pas de la même façon et souvent c’est l’isolement qui prend le dessus. Il faut oser franchir cette barrière et aller vers les gens. C’est souvent la différence de culture trop marquée, qui joue en défaveur de l’immigrant et à son intégration. Apprendre à connaître l’autre et expliquer la propre culture, permet de faire sauter cette barrière et de créer de belles amitiés.

Jérome :
En arrivant ici, les gens sont très sympathiques en façade, mais pour créer de vraies relations amicales sur du long terme, c’est plus complexe. Il y a une différence culturelle qui existe et qui complique l’intégration. C’est simple au niveau du langage parce qu’on parle français. On réussit à se faire des connaissances rapidement, mais les liens d’amitiés plus profonds, comme ceux que l’on a laissé en France sont plus difficiles à avoir.

- Qu’est-ce que le projet Made in France (Quebec) ?

Christelle :
Made in France (Quebec), c’est Jérome qui est venu m’en parler. Avec l’immigration on traverse tous les mêmes épreuves. Les étapes à franchir pour réussir à s’intégrer au Québec, sont les mêmes pour tout le monde. Puis, il y a ce besoin de se retrouver entre français, parce que c’est plus facile, parce que la barrière de la culture n’existe pas. L’immigration, c’est un peu notre lien. Ça met du baume au cœur quand on se retrouve entre nous, on retrouve un peu, l’ambiance de la France, mais avec les avantages du Québec. Ça apaise un peu la nostalgie de chez nous, car cette nostalgie elle ne part jamais, on doit apprendre à vivre avec.
Made in Franc (Quebec), permet de donner un soutien à tous ceux qui sont déjà ici, mais aussi à ceux qui souhaitent venir vivre au Québec un jour. En partageant nos expériences, nos connaissances et notre savoir, on peut aller plus loin. Rendre les choses qui ont été difficiles pour nous, plus facile aux les autres. Créée une communauté ou l’entraide et la solidarité sont à l’honneur.
Cela fait 5 mois environ que Made in France (Quebec) existe et on va aller encore plus loin, mais rester concentré principalement sur le réseautage professionnel entre Français et l’organisation activités sociales à travers des événements pour le plaisir.

Jérome :
Le but de Made in France (Quebec) est de créer une communauté, principalement entre français. Cela va permettre aux immigrants d’atténuer la nostalgie de leur pays, de leur famille et de leurs amis. Le partage des différentes expériences des membres à travers leur propre immigration va aider dans l’intégration des nouveaux arrivants et permettre de créer des amitiés solides.
Les membres de Made in France vont pouvoir bénéficier d’un réseau de professionnel plus fort, profiter des connaissances de chacun et avoir accès aux activités sociales intéressantes à faire par secteur. Un projet de site Internet viendra compléter la visibilité des informations du groupe et donner un accès direct aux personnes en France désireuses d’immigrer au Québec et un lien à ceux déjà ici.

- Quel conseil donneriez-vous à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

Christelle :
D’oser, d’essayer, il n’y a rien à perdre, mais tant de chose à gagner. S’installer au Québec c’est une grande aventure. Ici tout est possible, alors faite vos choix et n’abandonnez jamais. Acceptez de changer d’idée, de vous tromper pour mieux recommencer. L’immigration est loin d’être facile, mais elle apporte beaucoup. Il ne faut pas hésiter à faire les démarches, à prendre le temps lorsque vous arrivez ici, pour apprendre une nouvelle vie qui vous correspond.

Jérome :
De venir vivre ici, ça vaut la peine. Faire un voyage ou plusieurs voyages de prospection pour choisir la ville qui va vous convenir le plus. Bien préparer vos papiers à l’avance pour vous permettre d’intégrer le marché du travail plus rapidement. D’être prêt mentalement aux changements, car ce n’est pas aussi facile qu’on s’imagine. Une immigration engendre une perte de repère total et c’est là qu’il faut déployer toutes vos capacités d’adaptation. Venez nous rejoindre dans Made in France, vous trouverez ça plus facile.

publié le 14/09/2015

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