Le portrait du mois… Eric Mauboussin (février 2011)

Eric Mauboussin : laisser du temps au temps

Comme bien des adolescents, Eric Mauboussin, 48 ans, s’était imaginé pionnier du nouveau monde lorsque, enfant, il écoutait son enseignant du primaire raconter la découverte des Amériques. « Je revois ce dessin sur lequel on pouvait observer des hommes défricher des terres et fabriquer des enclos, raconte-t-il des étoiles dans les yeux. Ils arrivaient sur des terres vierges et ils se donnaient pour mission de les transformer pour qu’elles deviennent productives. » A l’adolescence, cette soif d’aventure cède sa place à une vie d’agriculteur sur les terres familiales dans les faubourgs du Mans.

Il y a quinze ans, Eric et Anne Mauboussin décident de laisser de côté leurs préoccupations, le temps de grandes vacances, pour vivre une aventure québécoise. Séduit par leur expérience, ils s’imaginent un futur sur les terres de Champlain. En 2005, en plein hiver cette fois, ils se rendent avec leur fille, Amélie, au cœur de l’Abitibi-Temiscamingue. C’est à cette occasion que surgit l’idée de fabriquer des rillettes du Mans « made in » Québec. « Nous étions dans un supermarché en train d’observer les rayons de nourriture. Nous regardions la composition des aliments et nous avons réalisé que les pseudos rillettes (portant le nom de rillettes du Mans) qu’on y trouvait étaient tous sauf des rillettes telles que nous les connaissions au Mans. »

Un an plus tard, l’idée d’immigrer au Québec mûrit. « Le contexte agricole français avait beaucoup évolué et j’avais l’impression de ne plus avoir de vie en dehors de celle que je passais au milieu des champs. » Les Mauboussin décident de vendre leur patrimoine.
A l’automne 2007, ils reviennent au Québec pour deux petites semaines et se donnent dix jours pour dégoter une ferme. Coup de cœur la veille de leur départ : ils la trouvent à Saint-Pierre-Baptiste dans les Bois-Francs. Ils rentrent en France pour liquider leurs affaires et immigrent le 29 mars suivant. Très vite ils commencent aussitôt leur élevage de porcs pour fabriquer des rillettes selon la recette traditionnelle française. « Nos porcs sont élevés dans une étable, sont nourris sans OGM et sans antibiotiques et ils peuvent gambader dehors du printemps jusqu’à l’automne. »

Dès le départ, le couple décide de faire profil bas pour éviter les déceptions. « Nous avons gérer notre affaire avec un plan B en cas d’échec. La concurrence étant importante et les Québécois peu habitués aux rillettes de porcs nous avons préféré jouer la carte de la prudence. » Un heureux calcul. Trois ans plus tard, ils arrivent à vivre de leur production et ont des projets pour faire de la rillette du Mans en conserves pour ouvrir de nouveaux marchés.

De leurs premières années au Québec, Eric et Anne ont tiré plusieurs enseignements. « Le plus important est d’être vigilant et de ne pas faire confiance aveuglement à tous les Québécois et à certains Français qui profitent de la naïveté des nouveaux-arrivants pour « escroquer ». En affaire, il faut également faire attention aux promesses mirages ! » Grâce à leur ténacité et à leur réseau, les rillettes du Mans « Pot-Bouille » se retrouvent sur de plus en plus d’étals de la province.

Ce qui leur manque le plus ? « Les repas qui durent longtemps où l’on refait le monde ». Ce qui nous manque le moins de la France... les grèves. « Malgré tout, nous ne regrettons rien. Si c’était à refaire ? Nous referions la même chose. Le Québec a été un bon choix pour notre petite famille et l’entreprise. »

Yasmine Berthou

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publié le 26/09/2012

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