Le portrait du mois... Éric Legout (novembre 2010)

Sur les traces de Jack London

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À sept ans, Éric Legout a un seul héros : Jack London. Il se rêve en arpenteur d’’étendues vierges et s’’imagine volontiers conduisant sa meute de chiens à travers les immensités blanches du Canada. A cette même époque, ses parents apprennent par hasard qu’au lendemain de la Grande guerre, une partie de leur famille est venue s’installer dans l’Ouest canadien. La famille Legout décide alors de partir sur leurs traces. A la fin de l’automne 72, pendant un mois, ils font connaissances avec leurs cousins et ont l’’impression de mener la vie des coureurs des bois.

Si ce premier contact avec le Canada reste gravé dans sa mémoire, c’’est pourtant la mer qui le prend lorsqu’’il entre dans l’’âge adulte. Il s’’engage alors dans les Forces armées et devient pilote d’’hélicoptère dans l’’aéronavale. Il parcourt ainsi le monde à bord de la mythique Jeanne d’’Arc. Le croiseur porte-hélicoptères l’’emmène une fois encore jusqu’’au Canada. « Je me suis alors souvenu du futur que je m’’étais imaginé lors de mon précédent voyage en ces terres, lance-t-il. J’avais découvert les Rocheuses avec tel émerveillement. »

Après quelques années, son passé fini par le rattraper. Une fois sa carrière d’’officier remisée, le jeune retraité ne tarde en effet pas à s’’envoler vers le pays à la feuille d’’érable. Il rend à nouveau visite à ses nombreux cousins installés en Alberta et songe cette fois sérieusement à les imiter. « J’’ai pas mal prospecté et j’’ai rapidement réalisé qu’avec mon expérience acquise dans l’aéronautique navale, je pourrai devenir pilote d’’hélicoptère au Québec. » Il repasse tous les examens théoriques et pratiques nécessaires pour obtenir le droit de voler dans le ciel de la province francophone. Un défi qui ne l’’intimide pas. Une fois toute la paperasse remplie, il devient saisonnier et se balade entre la Baie-James et le Labrador. Après quelques années, il décide cependant de changer son fusil d’’épaule et il met de côté un métier qui l’’a fait voyager aux quatre coins de la province. Il se surprend alors à repenser à Croc-Blanc et à Buck, les héros canidés de sa jeunesse. « J’’avais mis de côté mes souvenirs d’’enfant le temps d’’une vie professionnelle mais subitement tout remontait à la surface. »

Il décide donc de contacter la Société canadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) et devient bénévole pour s’’occuper d’une meute de chiens huskies abandonnée. « C’’est là que je suis tombé en amour avec la jeune Toundra, une chienne délaissée et maltraitée par son maître qui ne savaient pas qu’’en faire une fois les beaux jours venus. » Elle est en mauvais état et il décide de l’’adopter. Pour elle, lui et sa femme quittent le très branché quartier du Plateau situé dans le centre de Montréal et ils s’’installent à la campagne. D’’abord au Nord de la métropole montréalaise, puis sur la Côte-Nord et désormais à Saint-Honoré-de-Témiscouata dans le Sud de la province. Toundra ne quitte plus son nouveau maître. Elle l’accompagne partout, y compris lors de ses entraînements de course à pieds quotidiens. Mais elle a besoin d’un compagnon pour jouer. Buck, le futur leader de la meute, fait son entrée dans la famille. De fil en aiguille, la meute s’’agrandit. Eric Legout possède à présent seize huskies et malamutes, parmi lesquels sept chiots, dont l’’entretien lui prend tout son temps.

S’’il a décidé de devenir musher pour le plaisir, Eric Legout accueille désormais des touristes. « Je vis ma passion tous les jours et je désire la partager avec tous ceux qui sont tentés par une expérience hors du commun. Son seul mot d’’ordre : ne pas transformer sa petite entreprise, Randonnée Oukiok – qui signifie hiver en inuktitut –, en business de l’’attelage. « A la belle saison, je vais dans des garderies et dans les écoles avec les chiens pour les présenter aux enfants. J’’en profite pour leur lire des histoires qui, j’’espère, les feront rêver autant que moi à leur âge. J’’espère qu’’ainsi je pourrai leur apprendre à respecter les chiens. »

Chaque année, Eric Legout attend les premiers flocons avec impatience. Il peut alors – enfin – recommencer à faire glisser son traîneau sur la neige et redécouvrir les paysages qui l’’entourent et qui se trouvent transformés par l’’épais manteau blanc qui les recouvre.

http://randonneeoukiok.weebly.com/index.html

Yasmine Berthou

Deux questions sur l’’immigration…

- Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu lorsque vous avez décidé de venir vivre au Québec ?

- Quel conseil donneriez-vous à votre tour à un Français qui déciderait de venir s’’installer au Québec ?

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publié le 30/11/2011

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