Le portrait du mois... Rose-Marthe Boisrond (mai 2012)

Deux questions sur l’immigration…

- Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu lorsque vous avez décidé de venir vivre au Québec ?

- Quel conseil donneriez-vous à votre tour à un Français qui déciderait de venir s’installer au Québec ?

Rose-Marthe Boisrond : « Cela ressemblait à chez moi mais peut-être me suis-je trompée »

Depuis deux ans, Rose-Marthe Boisrond, 31 ans, est devenue citoyenne de la ville de Québec. Elle travaille, étudie et a commencé à se faire quelques amis. Elle se demande cependant aujourd’hui si elle a fait le bon choix.

Originaire de la région parisienne, Rose-Marthe travaille dans le domaine de la comptabilité lorsqu’elle a ressenti l’envie d’aller voir ailleurs comment les choses se passent. « Le domaine de la comptabilité se mondialise et une expérience à l’étranger me semblait inévitable. » En 2007, elle décide de rendre visite à l’un de ses oncles qui habite New York. Pendant trois mois, elle arpente les rues de la grosse pomme sans véritablement trouver ce qu’elle cherche. « C’était trop différent de la France. Je ne me voyais pas vivre dans une autre langue 24 heures par jour. Un peu par hasard, j’ai décidé de prendre l’autocar pour visiter Montréal. Pendant une semaine, je me suis retrouvée chez moi. Les rues portaient des noms français et les gens parlaient ma langue. »

De retour en France, une fois son dossier d’immigration pour le Canada rempli, elle décide de jeter à nouveau un œil sur ce à quoi pourrait ressembler sa nouvelle vie. Cette fois, elle se rend à Québec et elle y trouve exactement ce qu’elle cherche. Une ville de taille moyenne dans laquelle elle se sent en sécurité. « Cela a été difficile pour mes parents, qui étaient eux-mêmes immigrants venus d’Haïti, d’accepter que je parte vivre à l’étranger. En France, j’avais trouvé un bon emploi avec d’intéressantes possibilités d’évolution et puis ma famille la plus proche est établie à New York qui n’est pas vraiment à côté. Malgré cela, je suis restée sur ma décision et j’ai quitté la France. »

En avril 2010, Rose-Marthe fait ses premiers pas à Québec. « C’est là que j’ai réalisé que Québec était une ville blanche. Que ce soit dans l’autobus ou au supermarché, j’étais la seule black. Pendant quelques temps, j’ai vraiment paniqué en me disant que j’avais peut-être commis une erreur monumentale et puis je me suis finalement aperçue que je n’étais pas la seule, même s’il y a peu de diversité dans cette ville. »

Sa première expérience de travail est à l’image de ses premiers pas dans la ville. Une désillusion. « J’ai travaillé auprès de personnes qui n’étaient pas habituées à vivre auprès de personnes étrangères. Ce n’était pas une question de couleur de peau. On me reprochait simplement d’être étrangère. » Elle finit néanmoins par trouver un emploi intéressant qui lui permet de reprendre ses études. « Ce cheminement m’a fait réaliser que j’aurais peut-être mieux fait d’immigrer comme étudiante plutôt que comme travailleuse. Cela aurait peut-être facilité mon immersion sociale. » Obligée de recommencer ses études de comptabilité à zéro, puisque ses acquis français ne sont pas reconnus, Rose-Marthe s’est donné cinq ans pour obtenir son diplôme d’expert-comptable. Un processus qui l’enthousiasme.

Finalement, ce qui lui pèse le plus aujourd’hui, c’est l’absence de cercle social. « Au début, je sortais beaucoup mais je me suis rendue compte que ce n’est pas ce qui me faisait rencontrer des gens. Les Québécois sont des Américains et parfois je me dis que, finalement, une immigration aux États-Unis n’aurait pas été si difficile. »

Yasmine Berthou

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publié le 02/05/2012

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