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Myriam Suchet lauréate française du Prix de thèse en cotutelle 2011

Myriam Suchet, actuellement attachée d’enseignement et de recherche à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, est la lauréate française du prix de thèse en cotutelle 2011. Son doctorat, Textes hétérolingues et textes traduits : de "la langue" aux figures de l’énonciation. Pour une littérature comparée, a été co-dirigé par Martin Allor et Paul Bandia (Université Concordia), Jean-Marc Moura (Université Paris-Ouest) et Joëlle Prungnaud (Université Lille 3). La remise de ce Prix a eu lieu au Centre des Sciences de Montréal le jeudi 29 septembre 2011 à l’occasion du Gala de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).

Soucieux d’encourager la mobilité des doctorants entre la France et le Québec, le Consulat général de France à Québec et le ministère des Relations internationales du Québec offrent les « Prix de thèse en cotutelle ». Ces prix de 1500 $Can chacun récompensent les meilleures thèses produites dans le cadre d’une convention de cotutelle franco-québécoise et sont remis, chaque année, à un étudiant québécois et à un étudiant français. Ils s’ajoutent aux bourses offertes dans le cadre du programme Frontenac (programme de bourses de mobilité pour les doctorants inscrits en cotutelle de thèse franco-québécoise - voir section « S’inscrire / Prix et bourses » du site Internet du ministère des Relations internationales).

Le prix de thèse en cotutelle est également remis chaque année à un lauréat québécois. Sébastien Fortin est le lauréat cette année. Il a été récompensé pour ces travaux en chimie médicinale. Sa thèse a été réalisée sous la supervision du Dr René C.-Gaudreault de l’Université Laval, à Québec etdes Drs Jean-Claude Teudale et Emmanuel Moreau de l’Université d’Auvergne, à Clermont-Ferrant.

3 questions à Myriam Suchet

Pourquoi avez-vous décidé de faire une thèse en cotutelle ?

Le sujet de thèse que j’ai imaginé reposait sur une logique du "co-" : colinguisme, coopération, cotutelle… Travailler sur des textes littéraires écrits simultanément dans plusieurs langues différentes (textes que je qualifie d’ "hétérolingues" à la suite de Rainier Grutman) impliquait d’ouvrir ma boite à outils comparatiste à des instruments élaborés par les études postcoloniales, la traductologie, l’anthropologie des pratiques langagières et textuelles, etc. Mon travail a bénéficié des compétences complémentaires de pas moins de quatre codirecteurs : Martin Allor, Paul Bandia, Jean-Marc Moura et Joëlle Prungnaud ! Rétrospectivement, je m’aperçois que ce travail collaboratif a aussi ouvert ma recherche vers des pistes extra-universitaires. Tout se passe comme si la cotutelle m’avait rappelé l’ancrage de l’Université dans la cité, ainsi que sa responsabilité sociale.

Pourquoi avoir choisi le Québec ?

La politique linguistique du Québec et ses réalités sociolinguistiques constituaient une chance rare de transformer mon sujet de recherche en expérience vécue. Traverser Montréal, pour reprendre un titre récent de Sherry Simon, ce n’est pas seulement rencontrer d’autres langues : c’est imaginer "la langue" autrement. En tant que Française, je prends au Québec la mesure de l’hétérogénéité constitutive de ma langue et de mon identité. Le programme de PhD in Humanities de l’Université Concordia offrait le cadre transdisciplinaire dont j’avais besoin pour analyser la poétique hétérolingue qui est aussi une politique et une éthique. Et puis, au Québec, il y a la poutine et les cabanes à sucre !

Enfin, quelles recommandations feriez-vous à des étudiants qui souhaiteraient faire une thèse en cotutelle ?

Faire une thèse en cotutelle est une aventure épineuse, en dépit des volontés affichées pour faciliter sa mise en place et assurer son bon déroulement. Impossible de continuer à croire à l’isolement spéculatif de la chercheuse ou du chercheur à l’abri dans sa tour d’ivoire ! Les implications administratives de la cotutelle rappellent sans cesse les dimensions pragmatiques, institutionnelles et financières de tout projet de recherche. Un temps considérable est employé à des problématiques fort peu scientifiques et pourtant indispensables. Ce temps doit être minutieusement organisé en fonction des séjours prévus dans chacune des Universités partenaires, surtout si l’on se trouve chargé(e) de cours d’un côté ou de l’autre. S’assurer que tous les documents officiels sont effectivement signés avant le départ est indispensable pour éviter les déconvenues. Il faut en outre apprendre à travailler entre des cultures universitaires différentes au point qu’elles semblent parfois incompatibles. Le traitement réservé à la traduction, par exemple, a exigé de patientes négociations entre la tradition littéraire française et les habitudes de lecture québécoises, davantage accoutumées à penser à la croisée des langues. Dans ces circonstances la qualité des relations personnelles et scientifiques entre les codirecteurs est un atout non négligeable. Quant à moi, je tâchais de garder à l’esprit que le plaisir d’un travail en cotutelle, si spécifiquement comparatiste, est un plaisir d’équilibriste : il suppose que l’on préfère la tension du fil au confort de la route…


publié le 15 juillet 2013

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