Quel avenir pour les CLOMs ?

Les cours en ligne ouverts et massifs (CLOM, plus connus sous le sigle anglais MOOC), sont apparus en 2002 avec une première mise en ligne au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Dans les années suivantes les grandes universités américaines ont lancé des plateformes de cours en ligne, Coursera (Stanford, avec l’Ecole polytechnique française parmi les partenaires), EdX (Harvard et MIT) étant les plus importantes à ce jour.

En France, le ministère de l’Enseignement supérieur vient de lancer France Université numérique afin de contribuer à la constitution d’une plateforme de formation supérieure en français.

Au Québec, les établissements d’enseignement supérieur ont entrepris leur propre réflexion, qui s’inscrit notamment dans le cadre de la francophonie.

Faisons le point de ce dossier avec Gilles Savard, Directeur Recherche et Innovation à l’école polytechnique de Montréal et membre du Conseil franco-québécois de coopération universitaire (CFQCU) :

JPEGFaut-il entendre les cours en ligne comme une formation dont la particularité est d’utiliser les nouvelles technologies ou bien est-ce une autre façon d’enseigner ?

Il est difficile, à ce stade, de parler de nouvelle façon d’enseigner. La formation à distance existe depuis plusieurs décennies, en passant par les vidéos et incluant, quoique plus récemment les cours en ligne. Les premières expériences de CLOMs ne semblent pas avoir modifiées de façon notable l’approche pédagogique. Il est très clair cependant qu’il existe actuellement un mouvement important vers les CLOM, initié par quelques grandes universités américaines. Le phénomène des CLOMs pourrait transformer radicalement le modèle d’affaire des universités et dans une certaine mesure accélérer des tendances que l’on observe dans les approches pédagogiques (par exemple, enseignement collaboratif). Mais l’expérience campus, avec tout ce qu’elle implique, demeurera la meilleure. Mais comme tous n’y ont pas accès, il y a un modèle d’affaire probable dans les CLOMs. Et même sur un campus, pourrait-on utiliser et complémenter un CLOM (développé par `l’expert-pédagogue` du domaine) par des ressources locales adaptées ?

Quel sens revêt le terme « ouvert » dans le contexte des cours de masse ouverts en ligne ? A quel public s’adressent-ils ?

On doit être prudent quant au terme ouvert. Dans la majorité des CLOMs, le terme ouvert n’a pas la même signification que les logiciels ouverts (open source), où tous peuvent contribuer au développement d’un logiciel. Le contenu du cours n’est généralement pas ouvert (comme dans Wikipedia). Le terme ouvert réfère, dans ce contexte, davantage à un accès très large (démocratique) et à l’utilisation de ressources éducatives complémentaires souvent libres (comme des logiciels et même la plateforme). Il faut noter qu’il existe des cours réellement ouverts (ou le contenu est enrichi en continu), mais la grande majorité de la vague actuelle des CLOMs ne les concerne pas.

Le modèle d’affaire est encore en définition. Mais, par définition, ces cours s’adressent à tous, et en grande majorité avec accréditation de participation, sans pour autant mener à des crédits universitaires. Un des objectifs annoncés est de rendre ces cours disponibles dans des régions du monde qui n’ont pas accès (ou difficilement) à des formations supérieures de qualité.

Quels sont les niveaux de préparation et d’implication des établissements supérieurs en France / au Québec ?

Pour le Québec, je dirais que toutes les universités ont dans leur radar les CLOMs. Nous ne sommes pas dans une réflexion concertée, mais bien individuelle : plusieurs universités développent des projets pilotes et tentent de bien cerner les avantages des CLOMs. Les universités québécoises ne sont définitivement pas dans le peloton de tête quant au développement des CLOMs.. Il faut bien comprendre, que ce n’est pas la technologie qui freine les universités, les plateformes de CLOM étant accessibles. Cependant, les coûts peuvent être importants. Certaines, avec raison, y voient une opportunité de marketing et de communication.

Ce nouvel environnement présente une nouvelle opportunité pour la diffusion de la formation supérieure dans les pays francophones. Quelle est votre évaluation ?

Certainement, mais pas au détriment de l’expérience campus. À ce jour, la très grande majorité des cours CLOM sont en langue anglaise. La France et le Québec peuvent jouer un rôle de leader dans le développement et la diffusion de la formation supérieure dans les pays francophones où l’accès y est difficile. L’EPFL y joue déjà un rôle important. Devant la possibilité d’un nouveau modèle d’affaire, les universités ont le devoir d’être vigilante.

publié le 26/09/2013

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