Remise de la Médaille Or de la Cour du Québec à Madame Karine Gonnet

Allocution d’Élizabeth Corte, Juge en chef de la Cour du Québec

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Claude C. Boulanger, juge en chef adjoint à la Chambre de la jeunesse, Élizabeth Corte, Juge en chef de la Cour du Québec, Karine Gonnet, magistrate de liaison pour le ministère de la Justice de France à l’Ambassade de France à Ottawa, et Nicolas Chibaeff, consul général de France à Québec.

La Médaille Or est la plus haute distinction offerte par la Cour du Québec. Elle peut, à titre très exceptionnel, être décernée à une personne ayant participé à l’avancement du droit et de son exercice ou encore pour mettre en lumière l’apport considérable d’une personne ayant contribué au développement de la société dans le domaine de la justice.

Il me fait plaisir de remettre aujourd’hui cette Médaille Or à Mme Karine Gonnet, magistrate de liaison pour le ministère de la Justice de France à l’Ambassade de France à Ottawa :
- pour son apport considérable au domaine de la justice ;
- pour les relations qu’elle a mises en place entre l’École nationale de la magistrature, le ministère de la Justice français
et la Cour du Québec ; et
- pour sa contribution exceptionnelle au rayonnement de la Cour
du Québec.

Même si plusieurs d’entre vous connaissent bien Mme Gonnet, permettez-moi de vous la présenter et vous décrire sommairement quelques-uns des projets qu’elle a mis de l’avant avec la Cour et le Conseil de la magistrature du Québec.

Karine Gonnet atterrit en sol québécois en juin 2011, avec son mari, ses enfants et son chat pour un mandat de 3 ans à titre de magistrate de liaison à l’Ambassade de France du Canada. Sa mission est d’établir des liens entre le ministère de la Justice et des libertés français, le ministère fédéral ainsi que les ministères provinciaux du Canada au sujet de diverses questions intéressant les institutions judiciaires et de formation. Elle doit aussi établir des liens avec les postes consulaires au Canada pour les questions de justice. S’ajoute à son mandat le suivi des dossiers d’entraide pénale et civile entre la France et le Canada.

Très rapidement, le Québec et la Cour du Québec ont gagné son cœur et c’est ainsi qu’un mois plus tard, elle a déjà réussi à créer des liens significatifs avec la Cour. Quatre ans plus tard, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- la Cour du Québec a reçu plus de 75 magistrats et membres d’autres professions, sous forme de délégations spéciales incluant deux ministres de la Justice français ;
- la Cour du Québec a accueilli une trentaine de juges français pour des programmes particuliers, dans tous les champs de compétence de la Cour ;
- une douzaine de juges français ont participé au programme de justice sans frontières en matières criminelle et pénale ;
- la Cour a reçu 10 auditeurs français de l’École nationale de la magistrature ;
- deux juges québécois se sont rendus en France pour une mission spéciale portant sur la santé mentale et la déontologie ;
- une dizaine de missions de coopération France-Québec ont été organisées et une quarantaine de juges français et québécois y ont participé.

Je ne compte pas toutes les invitations faites à la Cour, à son initiative, par l’Ambassade de France au Canada et par le Consulat général de France à Québec, et dont plusieurs d’entre nous ont bénéficié.

Grâce à la participation de Karine, la Cour a en effet développé des projets avec le Consulat général de France à Québec. La présence parmi nous ce soir du Consul Nicolas Chibaeff démontre à quel point nous avons construit une amitié durable. Soyez remercié, monsieur le Consul, de votre engagement envers la justice québécoise et la Cour du Québec.

Lors de toutes ces rencontres, Karine Gonnet met toujours la Cour du Québec en valeur. Avec le juge en chef adjoint Claude C. Boulanger (mais aujourd’hui ce n’est pas lui qu’on célèbre !), les programmes sont élaborés et mis en œuvre. Un bon nombre de juges sont mis à contribution pour faire des présentations, des visites, des observations en salle d’audience. Chaque occasion en est une de faire connaître notre Cour, ses champs de compétence, ses façons de faire, ses programmes spéciaux et ses projets, mais aussi d’en faire connaître les juges et leur donner l’opportunité de tisser des liens avec nos collègues français.

Quant aux missions de coopération France-Québec, chacune a été une aventure ! Trouver les sujets, obtenir l’approbation et le financement par les gouvernements québécois et français, en plus d’élaborer et exécuter les programmes alternativement en sols québécois et français : voilà quelques-uns des défis récurrents !

Ces missions ont porté sur des sujets variés, inspirés par tous les champs de compétence de la Cour du Québec. Je pense entre autres aux missions au sujet de l’adoption, la conciliation judiciaire en protection de la jeunesse, l’expert commun, le traitement judiciaire de la toxicomanie ou encore les délinquants dangereux.
Je sais que les juges qui sont allés en France ont grandement apprécié la qualité des programmes tout autant que l’accueil qui leur a été réservé. Très souvent, Karine était de la partie pour les guider, les amuser, leur suggérer des restos, enfin pour nous organiser de façon magistrale (sans jeu de mots) !

En 2013, Mme Gonnet a aussi organisé la venue, au Québec, du Conseil constitutionnel de France. Elle m’a donné le privilège, à titre de juge en chef et présidente du Conseil de la magistrature, d’en accueillir les membres au palais de justice de Québec et d’organiser un avant-midi d’échanges auquel, moi, j’ai invité la juge en chef du Québec et le juge en chef de la Cour supérieure. Pour ceux qui connaissent la hiérarchie des tribunaux du Québec, et vous êtes nombreux ici, je vous laisse juger de la qualité du choix de Mme Gonnet.

Encore plus récemment, Mme Gonnet a déployé beaucoup d’énergie pour la mise en place d’un projet de lutte contre la toxicomanie, en France (plus précisément à Bobigny) inspiré du Programme de traitement de la toxicomanie de la Cour du Québec, à Montréal. À trois reprises, elle a organisé la visite des intervenants français et leurs rencontres avec les divers intervenants ici. Mme Christine Taubira, ministre de la Justice de France, a été de la partie deux fois !

Aux côtés de la ministre française de la Justice, j’ai participé en juin dernier au lancement du projet de Bobigny. C’est seulement en entendant les conversations et les discours que j’ai réalisé que Karine avait non seulement organisé les échanges, mais avait été la force derrière l’initiative, ne se lassant pas de vanter non seulement le programme de la Cour du Québec, mais la vision québécoise de l’application des peines.
La création récente du Réseau francophone des conseils de la magistrature judiciaire est un autre exemple de la collaboration fructueuse entre la France, la Cour du Québec et le Conseil de la magistrature. Pour la réalisation de ce projet, Karine Gonnet a été une artisane de la première heure, avec la précieuse collaboration bien sûr de Me André Ouimet.

Quel honneur c’était pour la juge en chef de la Cour du Québec, présidente du Conseil, de s’adresser en 2013, aux présidents et présidentes des Conseils de la magistrature d’une vingtaine de pays pour les convaincre de l’opportunité de créer ce réseau. Lorsque, au colloque de l’an dernier, nous avons mis en place le réseau, la Cour entière était sous la mire des Conseils du Liban, du Sénégal, d’Haïti, de la Belgique, de la France. Leurs présidents ne tarissaient pas d’éloges sur notre organisation, notre collégialité et la chaleur de nos relations. Un rayonnement enviable, grâce à Mme Gonnet.

J’ai appris à mieux connaître Karine lorsque nous avons participé avec la juge en chef adjointe Danielle Côté, à la mission du Barreau du Québec à Salluit et Puvurnituk dans le Grand Nord québécois. Une semaine pendant laquelle nous avons « vécu » la Cour itinérante et fait des rencontres vraiment exceptionnelles. J’ai découvert que Karine était intéressée par tout, parlait à tout le monde et qu’elle était une ambassadrice hors pair.

Curieuse, perfectionniste, humble, humaine, dévouée, patiente et disponible, Karine Gonnet a su tisser au fil des ans des liens importants entre plusieurs intervenants du système de justice français et québécois et, je crois bien, des amitiés qui résisteront au passage du temps et à l’éloignement.

Mme Gonnet termine son mandat en août 2016, après une deuxième prolongation de son terme – fortement appuyée par la Cour. Nul doute que les prochains mois seront encore riches en projets, mais nous avons choisi le moment de ce colloque alors qu’elle est encore en poste pour l’honorer.

Chère Karine, si tu voulais me rejoindre sur scène... je sais que la Cour du Québec occupe une place toute privilégiée dans votre vie professionnelle et aussi dans votre cœur. C’est le moment pour moi de te dire la place que tu occupes à la Cour du Québec et dans nos cœurs.

Mme la magistrate, pour votre apport considérable au domaine de la justice et pour votre contribution exceptionnelle au rayonnement de la Cour du Québec, il me fait grand plaisir de vous décerner la Médaille Or de la Cour.

Pointe-au-Pic, le 4 novembre 2015

publié le 11/11/2015

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