Remise des insignes d’Officier des Arts et des Lettres À M. John R. Porter, 20 mai 2010

Madame la Sous-Ministre (Mme Barcelo),

Madame la Directrice générale du Musée national des Beaux-Arts de Québec, chère Esther Trépanier,

Madame la Directrice générale de la Fondation du Musée national des Beaux-arts du Québec, Madame Annie Talbot,

Monsieur le Président de la Fondation du Musée national des Beaux-Arts, Cher John Porter,

J’aurai l’honneur aujourd’hui de vous remettre au nom du gouvernement français le titre d’Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres. C’est avec plaisir que j’attribue cette décoration à un grand ami de la France et un connaisseur hors pair de l’art français.

Durant vos études, déjà, vous sembliez prédisposé à œuvrer pour la mise en valeur du patrimoine artistique français. En témoigne votre mémoire de maîtrise portant sur le travail de Gustave Moreau : « Gustave Moreau et le fantastique ». Maîtrise en histoire de l’art que vous êtes d’ailleurs le premier à obtenir à l’Université Laval en 1972.

L’intérêt particulier que vous portez à l’art français est du reste une constante de votre carrière. Celle-ci a été dense et remarquable. Mais, je choisirais de la faire débuter en 1993.

Car c’est à cette date, en 1993, que commence pour vous la grande aventure du Musée national des beaux-arts de Québec, où votre talent professionnel et votre caractère chaleureux et passionné font d’emblée merveille. Vous mettez rapidement en place des collaborations fructueuses avec plusieurs institutions muséales françaises.

C’est ainsi que vous organisez des expositions de grande envergure au Québec, telle que « Rodin à Québec » qui marquera à jamais l’histoire de ce musée. Cinq ans seulement après votre arrivée, vous avez su relever le défi avec cette exposition internationale qui vous a valu une très longue série de reconnaissances prestigieuses dont le Prix d’excellence de la Société des musées québécois et celui de l’Association des musées canadiens dans la catégorie « gestion muséale ».

Un événement qui, doit-on le rappeler, a engendré des retombées économiques colossales pour la ville de Québec, avec 524 273 visiteurs, soit l’exposition d’œuvres d’art la plus fréquentée dans le monde cette année-là.

Fort de cette expérience, vous continuez les années suivantes à collaborer avec vos homologues français, tels que le Musée d’art moderne Lille métropole pour l’exposition d’art contemporain « Le Ludique », ou encore le Musée national de la Marine. En effet, vous organisez en 2001, conjointement avec ce célèbre musée parisien, l’exposition « Les génies de la mer. Chefs d’œuvre de la sculpture navale » qui présente un art pratiqué aussi bien sur les côtes françaises que sur les rives du Saint-Laurent. La France demeure dans la ligne de mire de votre institution.

Continuant à développer la place que le Musée national des beaux-arts de Québec accorde à la sculpture, vous consacrez en 2002 une exposition à Antoine Bourdelle, en collaboration avec le musée Bourdelle à Paris, et à Charles Cordier en 2004, événement coproduit avec le Musée d’Orsay. C’est donc naturellement que Rodin revient l’année suivante en compagnie de Camille Claudel dans « Camille Claudel et Rodin. La rencontre de deux destins ». Une exposition que vous avez initiée dès 2001 et qui a connu un immense succès, certes à Québec, mais au-delà des frontières, à Détroit aux États-Unis et à Martigny en Suisse.

Vous avez non seulement su mener des collaborations fructueuses avec des grands musées parisiens mais aussi avec de prestigieuses institutions régionales. Je citerais entre autres le musée des beaux-arts de Bordeaux pour l’exposition « Marquet au fil de l’eau » en 2003, le musée d’Aquitaine avec « Vénus et Caïn. Figures de la préhistoire, 1830-1930 » la saison suivante, ou le musée Picasso à Antibes avec lequel vous avez plus tard coproduit l’exposition « La joie de vivre. Picasso au Château d’Antibes ».

Mieux que quiconque vous avez offert aux Québécois un panorama des grands mouvements artistiques français, de l’art ancien à l’art contemporain, en passant par l’art moderne. Vous avez d’ailleurs fait venir à Québec des collections d’art français en provenance d’autres pays. En 2004, « De Millet à Matisse » a su séduire avec des tableaux de grands maîtres de la peinture française en provenance de la très réputée Kelvingrove Art Gallery de Glasgowen Écosse, tout comme l’exposition « De Caillebotte à Picasso » en 2006 qui présentait des chefs d’œuvre de la collection Oscar Ghez, en lien avec le Petit Palais de Genève. Nous pourrions également citer le Musée Thyssen-Bornemisza à Madrid et la Fondation Juan Antonio Pérez Simón à Mexico pour l’exposition « De Cranach à Monet » que vous avez accueillie en 2007, ou The American Federation of Arts de New-York pour l’exposition « Tissot. Les beautés de la vie moderne » que vous avez d’ailleurs vous-même présentée il y a maintenant dix ans.

Ces nombreuses collaborations prouvent que vous avez toujours eu à cœur la mise en valeur du patrimoine artistique de la France. Le dernier plus beau coup d’éclat reste la magnifique aventure « Le Louvre à Québec ». Deuxième meilleure performance après « Rodin à Québec » avec plus de 464 000 visiteurs, cette grande exposition a permis de faire découvrir sous un angle inusité, « les arts et la vie », des œuvres du plus grand musée du monde. De plus, vous avez, grâce à votre détermination et votre sens du défi, cher John Porter, apporté un élan décisif et exceptionnel aux fêtes du 400ème anniversaire de la ville de Québec.

Outre le souffle artistique nouveau que vous avez su insuffler à Québec, vous avez joué un rôle majeur dans l’histoire de la coopération culturelle entre la France et le Québec. Les échanges que vous avez menés avec des muséologues français ont créé des expositions d’amitié et de partage. Précédant « Le Louvre à Québec », l’exposition « Paris, 1900 », qui mettait en valeur les collections du Petit Palais à Paris, se faisait déjà l’écho de cette concertation et de cette réciprocité qui caractérisent si bien votre carrière exemplaire dans le monde des musées et de la francophonie.

Autant de valeurs et de savoir-faire qui se retrouvent dans votre participation à la diffusion des connaissances en arts visuels. Vous avez dirigé de multiples publications d’ouvrages que vous avez pour la plupart préfacés et dans lesquels vous avez vous-même rédigé des essais. À titre d’exemple, l’une de vos dernières collaborations, Camille Claudel et Rodin. La rencontre des deux destins, ouvrage accompagnant l’exposition du même nom et dans lequel vous aviez écrit l’essai « L’âge mûr ou la fatalité », a remporté le prix d’excellence de l’association des musées canadiens dans la catégorie « publication ». Nombreux sont ces catalogues d’exposition transformés en véritables livres d’art.

La qualité de votre production écrite n’a d’égale que sa quantité. En effet, outre tous les ouvrages que vous avez réalisés ou dirigés, vous avez écrit nombre d’articles scientifiques (près de 400 notices d’ouvrages et 200 articles et rapports), autant de réflexions sur l’art et la muséologie qui ont su trouver audience au-delà des frontières. Votre article « Les céramiques de Picasso à Québec, à Toronto et à Antibes », en préface à l’ouvrage Picasso et la céramique accompagnant l’exposition éponyme de 2004, tout comme votre essai sur L’âge mûr et le destin tragique de Camille Claudel, a d’ailleurs fait l’objet d’une publication aux éditions parisiennes Hazan.

Vous avez en ce sens réussi à mener parallèlement à votre métier de conservateur puis de directeur général de musée une carrière dans l’enseignement et la recherche en histoire de l’art. Cette discipline était naissante au Québec, vous lui avez donné ses lettres de noblesse et avez ainsi formé toute une génération de chercheurs en histoire de l’art et en muséologie. Vous n’avez d’ailleurs pas hésité à intégrer des jeunes diplômés à votre équipe du musée national des beaux-arts de Québec.

De la même manière que vous faites confiance à la relève, vous croyez à l’intérêt des publics pour le musée et avez mené de véritables actions culturelles en ce sens qui ont permis d’attirer un nombre considérable de visiteurs. Un communicant, un homme de partage donc… Madame Esther Trépanier qui vous a succédé à la tête du musée ne tarit pas d’éloges en parlant du travail et des qualités personnelles de celui qui l’a précédé.

Travailleur infatigable et homme passionné, vous vous dédiez dorénavant à ce grand projet d’agrandissement du Musée national des beaux-arts de Québec, qui témoigne une fois de plus de votre volonté de contribuer au rayonnement international de cette magnifique institution muséale et de sa ville.

Ces qualités sont celles que vous avez su développer dans votre travail de mise en valeur du patrimoine artistique français. Docteur en histoire de l’art, muséologue, professeur, chercheur, entrepreneur culturel, vous avez déjà reçu plus d’une vingtaine de prix prestigieux. Vous êtes nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française en 1998, Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2002, Chevalier de l’Ordre de la Légion d’honneur par le Président de la République française en 2003, puis Chevalier de l’Ordre de la Pléiade en 2007.

Aujourd’hui je suis très heureuse de vous exprimer la profonde gratitude de la France pour l’amitié que vous n’avez cessé de lui témoigner, pour votre travail en tous points remarquable, sur l’art français en particulier, et sur les collaborations fructueuses que vous avez développées avec mon pays, en vous conférant la prestigieuse distinction que je vais à présent vous remettre.

Monsieur John Porter, au nom du ministre de la Culture et de la Communication, je vous fais Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.


Hélène Le Gal, Consule générale de France à Québec

publié le 01/03/2012

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