Remise des insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur à M. Bernard Voyer (15 nov. 2007)

Bernard Voyer, vous exercez un métier qui, depuis tout temps, fait rêver le genre humain puisque vous êtes ce que l’on appelle un grand explorateur. En l’occurrence, un grand explorateur doublé d’un alpiniste.

A bien des égards, vous êtes un modèle pour nous tous. S’il avait eu la chance de vous connaître, Jules Verne aurait fait de vous un héros de ses romans. Quant à Hergé, il aurait déclaré forfait car entre « Tintin au Tibet » et votre vie, il n’y a pas…photo.

Bernard Voyer, vous êtes, dès le plus jeune âge, fasciné par la nature et plus particulièrement par la montagne, que vous découvrez grâce au scoutisme et aux camps d’été.
Rimbaud disait, vous le savez, « On n’est pas sérieux à 17 ans ». Je ne sais si vous le confirmeriez mais le fait est qu’à 17 ans, c’est-à-dire en 1970, vous quittez votre région natale du bas Saint-Laurent pour escalader les Rocheuses canadiennes (dont le Mont Cascade à 2998 m). Après les Rocheuses, suivront les Alpes françaises, les montagnes d’Afrique et le désert du Sahara ainsi que plus de 5.000 km de canot dans diverses régions québécoises.

La glace et le monde polaire vous attirent tout particulièrement. Vous êtes l’homme du froid, du froid extrême. Vous êtes, en un sens, un hyper-québécois. Vous avez traversé quatre fois la Terre de Baffin, et, en 1992, réalisé une première mondiale, en traversant l’Ile Ellesmere. En 1993, vous êtes le premier canadien à se rendre au pôle Nord magnétique et, l’année suivante, au pôle Nord géographique par la Sibérie. En 1995, vous êtes également le premier canadien à traverser le Groenland. En 1996, accompagné de Thierry PETRY, vous atteignez le pôle Sud en totale autonomie, marquant ainsi une étape majeure dans votre carrière d’explorateur.

En 1997, vous relevez un autre grand défi, celui de l’ascension de la plus haute montagne du monde, le Mont Everest. Cette première tentative échoue mais vous y parvenez en mai 1999. En décembre de la même année, vous réussissez aussi l’ascension du plus haut volcan actif du monde (le Cotopaxi qui culmine à 5.897 m).
Vous êtes ainsi une des rares personnes à avoir touché à la fois le pôle Nord, le pôle Sud et le toit du monde.

Une autre de vos préoccupations majeures a toujours été d’intégrer des recherches scientifiques à vos expéditions.

Réalisées dans des conditions extrêmes, elles ont eu pour retombées le développement d’expertises sur le plan technologique, qu’il s’agisse de l’utilisation des matériaux composites ou des améliorations dont a profité l’industrie québécoise du vêtement et de la chaussure.

Vous avez également contribué aux recherches de l’Université Laval et du Centre d’innovation technologique agroalimentaire sur la nutrition et le métabolisme.

JPEGGrâce à la technologie satellitaire, vous avez démontré qu’il était possible de communiquer au-delà du 84ème degré de latitude sud, c’est-à-dire beaucoup plus loin que les prévisions des experts. L’utilisation du téléphone a d’ailleurs rendu possible la communication entre vous et les médias québécois, canadiens et européens, contribuant ainsi au rayonnement du Québec sur la scène nationale et internationale.

Conférencier recherché, engagé dans la protection de l’environnement, au contact des jeunes, vous êtes une figure de proue du rapprochement des hommes et du dialogue des cultures.
Soucieux de partager vos expériences avec le plus grand nombre de gens, vous avez incité au voyage un nombre considérable de personnes à travers le monde grâce à votre site Internet, reconnu parmi les 500 meilleurs sites francophones au monde.

Bernard Voyer, vous parcourez le monde depuis plus de 30 ans, toujours en quête de nouveaux défis à relever. Vous avez découvert les régions les plus inaccessibles de notre planète et repoussé plusieurs limites technologiques et scientifiques. Vous êtes de ce point de vue le digne héritier des canadiens français qui ont, notamment en participant à l’expédition de Lewis et de Clark, exploré et, en quelque sorte, inventé le continent nord-américain. Vous, vous avez inventé sinon le monde, du moins le monde polaire.

Vous êtes un témoin privilégié, un témoin ardent, de la beauté mais aussi, hélas, de la fragilité de la terre. Vous témoignez à nouveau de cette fragilité dans la postface que vous avez rédigé du livre de la journaliste scientifique Dominique Forget « Perdre le Nord ? ». Ce livre, publié aux éditions Névé que vous avez créées et que dirige votre conjointe Nathalie Tremblay, a reçu le soutien de l’IEEF que dirige Mme Fatimata Dia Touré. Il nous alerte sur les conséquences dramatiques du réchauffement climatique sur le Grand Nord et l’Artique.

C’est un appel au secours que vous lancez dans cette postface mais aussi dans toutes vous interventions, un appel au secours pour notre Terre. Au-delà de toutes considérations partisanes, vous en appelez à la mobilisation des énergies et des consciences. Votre parti, Bernard Voyer, c’est en effet celui de la Vie.

Vous avez gardé des liens très étroits avec la France et vous y retournez régulièrement. Vous participez chaque année avec de nombreuses personnalités du monde entier au festival international du film d’aventure à Dijon. Vous pardonnerez de révéler aussi un secret bien gardé : vous aimez particulièrement la Corse qui est pour vous un des plus beaux endroits du monde.

Bernard Voyer, la Société géographique royale du Canada vous a décoré de sa prestigieuse médaille d’or pour votre contribution exceptionnelle à la géographie canadienne. En 2002, vous avez été reconnu par la Gouverneure Générale du Canada, comme l’un des 50 plus grands Canadiens depuis 50 ans. Enfin, vous avez, en octobre 2005, été nommé Président du Conseil de l’Ordre National du Québec.

Il était donc temps, grand temps, que la République Française, vous honore à son tour en reconnaissant les services exceptionnels que vous avez rendus à la Science et, plus encore, à l’Humanité.

- http://www.bernard-voyer.com/

publié le 28/01/2009

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