Remise des insignes de Chevalier des Arts et des Lettres A Mme Claudette Fortier, 15 mars 2010

Remise des insignes de Chevalier des Arts et des Lettres

A Mme Claudette Fortier,

ancienne Directrice générale de la SODRAC

Lundi 15 mars 2010 – 18 h 30 - Montréal

Monsieur le Directeur général de la Sodrac,

Cher Alain Lauzon,

Chère Diane Juster, en vous remerciant d’accueillir si gentiment cette réception chez vous,

Chers compatriotes de la SACEM,

Chère Claudette Fortier,

Claudette Fortier, j’ai l’honneur aujourd’hui, de vous remettre, au nom du gouvernement français, le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Cette décoration vous est attribuée parce que vous êtes une femme exemplaire.

Votre nom est associé étroitement à la défense des droits d’auteur. Durant vos 30 années de carrière, vous avez ardemment défendu au Québec et au Canada les intérêts des auteurs québécois, canadiens et étrangers.

Mme Fortier, vous occupez votre premier poste de directrice générale de la Société des auteurs, recherchistes, documentalistes et compositeurs (SARDEC), en 1976. Durant votre mandat au sein de cette association professionnelle, vous avez notamment ouvert et mis en place les structures du premier bureau et vous avez négocié les ententes collectives régissant les contrats d’écriture de textes pour la radio, la télévision et le cinéma.

Dans un pays où le droit d’auteur a été ignoré pendant longtemps, vous avez eu à cœur de promouvoir ce concept et de défendre les artistes. Votre nom reste associé à ceux de Lise Aubut, de Luc Plamondon, de François Cousineau et bien sûr de Diane Juster, notre hôte.

Vous êtes certainement une des premières femmes à travers le monde à avoir dirigé une société de gestion collective comme la Société du Droit de Reproduction des Auteurs, compositeurs et éditeurs au Canada, dont vous devenez directrice générale en 1989.

Avec vous à sa tête, cette société, qui était étroitement liée à la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique (SACEM) et de la Société Professionnelle des Auteurs et des Compositeurs du Québec (SPACQ) à cette époque, a connu une croissance et une évolution fulgurantes.

Au nombre des réalisations professionnelles qui ont sillonné votre parcours, on note la négociation avec les producteurs de disques d’un taux de redevance et la mise en place d’un système d’émission de licences aux producteurs, à la suite de l’abolition de la licence obligatoire pour la reproduction des œuvres musicales dans la Loi canadienne sur le droit d’auteur.

Vous avez également négocié avec plusieurs diffuseurs de télévision les premières licences de droits de reproduction, un exploit en Amérique du Nord, et déposé à la Commission du droit d’auteur le premier tarif de droit de reproduction pour les radios commerciales.

Enfin, dans le cadre de la révision de la Loi sur le droit d’auteur, vous avez participé activement aux démarches politiques pour y inclure, notamment, le régime de copie privée et d’y exclure l’exception pour l’enregistrement éphémère.

Toutes ces négociations, vous les avez menées dans un monde d’avocats et de juristes, de spécialistes du droit, ce que vous n’êtes pas vous-même. Pourtant, votre compétence est si grande que de nombreux avocats en vous citant vous appellent maître. Ces négociations toujours difficiles, ces avancées pour les artistes, vous les avez obtenues grâce à votre persévérance, mais aussi votre humeur, que vous avez su garder même aux moments où la tension est à son comble. Vous savez, m’a-t-on dit, garder le moral dans ces moments-là et poursuivre imperturbablement vos objectifs.

Vous avez terminé votre carrière en 2007 alors que vous occupiez le poste de conseillère en droit d’auteur et développement des affaires au sein de la SODRAC, depuis 2002.

Madame, le travail que vous avez effectué au cours de votre carrière vous a toujours tenu à cœur. Vous avez fait preuve d’une grande loyauté envers la cause des créateurs en vous impliquant à plusieurs niveaux dans ce milieu :

· de 1984 à 1988, vous avez été membre et présidente du conseil d’administration de la Conférence canadienne des arts, un organisme porte-parole de la culture qui offre un forum national visant à soulever le débat sur les politiques culturelles, et qui défend les droits des artistes et de l’industrie culturelle au Canada.

· de 1992 à 1997, vous avez été co-présidente de la Coalition des créateurs et titulaires de droits d’auteur.

· de 1997 à 1999, vous avez été présidente de la section canadienne et membre du conseil d’administration de l’Association littéraire et artistique internationale (ALAI).

· de 2004 à 2007, vous avez été présidente du conseil d’administration de CMRRA-SODRAC Inc., une société conjointe formée pour la défense commune de certains droits d’auteur.

· de 1999 à 2007, vous avez occupé la fonction de présidente du conseil d’administration de la Société canadienne de perception de la copie privée (SCPCP), un organisme chargé de la perception et de la répartition des redevances pour copie privée.

Madame Fortier, une de vos plus grandes réalisations est sans aucun doute d’avoir réussi à instaurer au Canada une philosophie de droit d’auteur pour le droit de reproduction des œuvres artistiques, à l’instar des sociétés européennes, dans un continent où prévaut le copyright. Et c’est grâce à vos profondes convictions, à vos qualités de leadership et à votre dévouement exceptionnel que vous avez incontestablement apporté une contribution remarquable à la cause des créateurs de toutes les sphères artistiques et ce, tout au long de sa carrière.

Madame Fortier, c’est donc à une femme de conviction, une femme de cœur et de passion, une femme amoureuse de la création artistique que je vais remettre solennellement cette décoration. Vos collègues vous considèrent comme une personne ayant beaucoup de facilité dans les relations interpersonnelles, y compris au niveau international.

La SACEM, équivalent français de la SODRAC, a joué un rôle essentiel dans sa création et a donc conservé au fil du temps une relation de proximité avec son homologue canadienne. Mais au-delà des relations d’institutions à institutions, c’est au travail inlassable d’une personne que mes deux compatriotes ont voulu rendre hommage en traversant l’Atlantique pour assister à cette petite cérémonie.

M. Lauzon, votre successeur à la SODRAC, continue à porter le flambeau et ne tarit pas d’éloges en parlant du travail et des qualités personnelles de celle qui l’a précédé. Mme Juster, en nous accueillant ici, manifeste à quel point les artistes vous sont reconnaissants pour le soutien que vous leur avez apporté. Vous avez su gagner leur confiance.

Tout ce travail, Mme Fortier, vous l’avez accompli en lien étroit avec la France. C’est ce lien qui explique la reconnaissance qui vous est témoignée aujourd’hui, à travers cette décoration, par mon pays, mes autorités, et par tous vos contacts et amis français, qui ont su promouvoir votre candidature auprès du Ministre de la Culture, chargé d’attribuer le titre de Chevalier des Arts et Lettres.

J’espère que votre fille et votre petite-fille, auprès de qui vous vous impliquez beaucoup, seront fières de leur mère et grand-mère.

Je suis donc heureuse de vous remettre ce soir cet insigne.

Madame Fortier, au nom du Président de la République, je vous fais Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.


Hélène Le Gal, Consule générale de France à Québec

publié le 01/03/2012

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