"Si loin, si proches : la comparaison France / Québec en sciences sociales"

Les jeudi 30 et vendredi 31 octobre, le CERIUM organise le colloque international "Si loin, si proches : la comparaison France / Québec en sciences sociales". Fabien Desage, titulaire de la Chaire d’étude de la France contemporaine, revient avec nous sur le dernier évènement de son mandat...

PNG Monsieur Desage, vous organisez, les 30 et 31 octobre prochains, le colloque "Si loin, si proches ? - Une comparaison France/Québec en sciences sociales". Qu’est-ce qui a motivé l’organisation de cet évènement ? Quel est l’objectif de ces deux journées ?

J’organise ce colloque avec mes deux collègues (Denis Saint-Martin, professeur à l’université de Montréal et Emilie Biland, qui a été professeure à l’Université Laval et qui vient de rejoindre l’Université de Rennes). Il marquera la fin de mon mandat de deux ans à la Chaire d’études de la France contemporaine du CERIUM.
Avec ces deux collègues, qui connaissent très bien les paysages académique et politique québécois et français, nous avons fait le constat, il y a un an environ, que l’intensification des échanges scientifiques et politiques entre la France et le Québec n’avait jamais donné lieu à une réflexion scientifique spécifique.
Nous souhaitons d’abord que ce colloque serve à faire le point sur ces échanges, sur les évolutions institutionnelles, politiques et sociales de nos deux sociétés qu’ils renseignent, mais aussi sur l’intérêt pour les sciences sociales de cette comparaison « en français », entre deux espaces qui – s’ils partagent une langue commune – ont beaucoup divergé depuis deux siècles et demi.
Si le titre du colloque pose la question « Si loin, si proches ? », on pourrait dire que les principales conclusions qui ont présidé à l’organisation de cet évènement conduisent plutôt à renverser l’aphorisme (Si proches, si loin ?..), et à insister sur les raisons d’une asymétrie probablement croissante entre les champs académiques/disciplinaires – mais aussi de certains secteurs de politiques publiques – au Québec et en France ces 15 dernières années. Cette proximité apparente, liée d’abord au langage, est donc pleine de quiproquos et de malentendus.

Quel est le programme de ce colloque et quels en sont les temps forts ?

Le colloque, qui se tiendra pendant deux jours à l’université de Montréal, réunira une quarantaine de chercheurs des deux pays, autour de thématiques de recherche et de perspectives variées. Tous ces chercheurs ont travaillé en France et au Québec, et ont souvent utilisé la comparaison comme méthode de recherche.
On pourrait dire que les réponses à l’appel à communications que nous avons reçues et sélectionnées ont confirmé certaines de nos hypothèses : à savoir la prééminence notamment des questions liées à la nation et à la laïcité, aux politiques sociales ou urbaines, ou encore aux groupes de population (« jeunes », « immigrés ») dans les approches comparées entre les deux espaces. Elles soulignent aussi, en négatif, la quasi absence de certains objets : le fonctionnement des institutions sociales et politiques, les partis politiques, ou même les mouvements sociaux sont peu présents par exemple.
Cela renvoie à de multiples raisons, parmi lesquelles des différences croissantes dans les méthodes de recherche dominantes en France et au Québec, notamment dans certains sous-champs disciplinaires. Cela renvoie aussi aux enjeux politiques et sociaux de la comparaison : se comparer, c’est souvent décider d’un « équivalent ». Plusieurs auteurs reviendront d’ailleurs lors du colloque sur les usages politiques, administratifs ou militants de la France au Québec, et réciproquement.
Au Québec, le choix de se comparer à un Etat-nation, la France, a souvent pris le pas sur les comparaisons avec d’autres provinces canadiennes. C’est une option scientifique en même temps qu’un projet politique qui s’esquisse alors. Ce doublet comparatif a marqué le développement des sciences sociales au Québec, au début des années 1970. La période n’est pas anodine... En France, le Québec est parfois perçue – à tort – par les hommes politiques et les élites administratives (notamment en raison de leurs faibles capacités linguistiques) comme ce qu’on pourrait qualifier d’« Amérique facile à comprendre ». Ainsi, les exemples québécois abondent dans les rapports parlementaires ou les projets de réforme de ces dernières années, où le Québec fait souvent figure de seule entrée extra-européenne.

Comme vous le faites remarquer, les comparaisons France / Québec se multiplient et ce, dans des domaines variés. Comment avez-vous choisi les thématiques des tables rondes du colloque ?

Nous avons voulu que le colloque ne réunisse pas seulement des panels de chercheurs selon un format « classique », mais aussi des interventions sous la forme de témoignages d’acteurs (scientifiques et administratifs) impliqués directement dans ces échanges entre la France et le Québec, tantôt à travers les questions de coopération scientifique, tantôt à travers des expériences d’enseignement ou de mobilité professionnelle.
Nous attendons beaucoup de ces tables-rondes, où des acteurs de ces échanges entre le Québec et la France reviendront sur leurs expériences respectives et débattront des dispositifs qui rendent possibles ces coopérations, à un moment où certaines sont menacés par des coupures de crédits.
Alors que la « lingua franca » des sciences sociales est désormais l’anglais, nous croyons à l’intérêt scientifique et politique de maintenir des espaces de production des sciences sociales en français. Pas par conservatisme ou volonté d’entre-soi, mais parce que la langue, dans nos domaines, est au cœur de la formation des concepts et des notions, et donc des modes de catégorisation et de démonstration qui permettent de penser le monde social. Cette vérité ne vaut pas seulement pour le français ou pour la relation entre le Québec et la France, mais plaide pour le maintien et le développement d’un pluralisme linguistique dans nos disciplines.
Au-delà des enjeux méthodologiques et politiques de la comparaison entre la France et le Québec, c’est l’un des points que nous aimerions mettre en avant lors de ces deux journées.

Programme détaillé du colloque "Si loin, si proches ?"

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publié le 15/10/2014

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